Lorsque je suis retourné en prison en juin 2007 (à la fin de ma liberté sous caution), on m’a mis dans une cellule où il y avait déjà deux autres jeunes hommes. C’était une cellule pour deux personnes alors je devais dormir sur le plancher avec mes jambes sous un lit.

J’ai appris toutes sortes de choses. Un d’entre eux, Marco, était un vendeur de drogue dans les “after hours”. Je ne savais même pas que ça existait. Il m’expliquait qu’il y avait des gens qui commençaient à prendre des pilules le vendredi soir et qu’ils en prenaient toute la fin de semaine jusqu’au dimanche soir sans dormir. Les jeunes allaient dans des after hours et finissaient au Beach Club et recommençaient le lendemain.

L’autre gars, Manuel, qui était encore plus jeune (peut-être 19 ans) m’a raconté que lorsqu’il était au secondaire, il donnait de la drogue aux jeunes filles en échange de pipes/sexe qu’elles donneraient à d’autres gars. Pour lui ça semblait normal de vendre des jeunes filles en échange de drogue.

Tout ça était nouveau pour moi. Je leur racontais que mes fils (de leur âge) faisaient des partys à la maison ou les gars jouaient à donjons et dragons ou à des jeux vidéos, ils me disaient que ça faisait plutôt “nerd”. J’avoue que j’étais plutôt fier que mes garçons ne soient pas des dépravés qui tirent avantage de jeunes filles. Je connais mes fils, jamais cela ne leur serait venu à l’esprit.

On a fini par me transférer aux États-Unis. Pendant mon séjour au “county jail” j’ai rencontré un afro-américain que je trouvais cool. Des fois il chantait des chansons des Commodores dans la cour intérieure et il avait une super belle voix. Il était aveugle (il avait le glaucome et une des prisons par où il était passé avait “oublié” de lui donner sa médication et il avait perdu la vue) et je l’aidais souvent.

Au début il s’assoyait ailleurs pour manger mais j’ai fini par lui offrir de s’asseoir à ma table (quelqu’un était parti). Il avait une habitude bizarre, il essuyait son siège avec sa main avant de s’asseoir comme pour protéger les fesses de son pantalon contre des saletés mais ensuite il touchait sa nourriture (avec sa main qui, selon lui, aurait dû être sale maintenant) avant de manger pour savoir où elle était. Il ne buvait jamais son lait et quelqu’un à notre table avait pris l’habitude de lui prendre sans lui dire pour l’offrir à d’autres (lorsqu’on offre des choses aux autres, ça nous attire des faveurs). J’ai dû m’occuper de lui. Tu ne voles pas les choses d’un aveugle en te disant qu’il ne verra rien. Ça me fait capoter quand des gens abusent de gens vulnérables.

Je parlais beaucoup avec ce gars (l’aveugle). Je l’aidais avec ses lettres. Il était incroyable, il tapait ses lettres à l’ordinateur et il savait exactement où il avait fait une erreur mais ne pouvait pas la corriger lui-même. Je lui relisais ses lettres et je les corrigeais comme il me disait.

Un jour il m’a raconté qu’il était un proxénète. C’est une fonction avec laquelle je ne suis pas en accord. D’après ce qu’il me disait, il ne forçait personne et qu’ils formaient tous une “famille” qui s’entraidaient. J’étais en prison, entouré de pédophiles, de vendeur de crack etc. J’ai comme appris à ne plus juger (en tout cas, moins le faire) et ne que profiter du moment présent. Si j’étais bien avec quelqu’un, j’en profitais. On abusait de moi, on m’humiliait, il fallait que je déconnecte mon cerveau et que j’oublie la “normalité”.

Il me racontait ses aventures. Il opérait à Washington D.C. et ses filles se tenaient sur le coin des rues où des limousines arrêtaient pour que l’occupant obtienne des “services” quelques minutes. Selon lui, c’était très payant. J’avais envie de lui crier “ta gueule”. En même temps, c’était comme écouter un documentaire qui expliquait comment les choses se passaient.

Il m’expliquait que, en tant que “pimp”, il fallait qu’il s’habille de façon flamboyante (des vestons de velours pourpre, une canne et/ou un boa). Il semble que ça fait partie de la job. Et il y a une catégorie de femmes à qui ça plait (il n’y a qu’à faire des recherches sur peacocking pour voir que ça a un certain succès).

Un jour il me parlait de sa “préférée”, une québécoise. Il me disait qu’en un an elle avait grandi de un pouce. Oups! Câlisse! Je lui ai demandé quel âge elle avait. Il a commencé à me dire “six…” et il a arrêté. Bon je ne suis pas un imbécile, ce n’était pas six ans et ce n’étais pas soixante (sixty).

Disons que notre relation s’est arrêtée là. Pour moi, il n’y a pas de raison qui expliquerait que tu exploites une fille de 16 ans. Quand tu trouves une fille de 16 ans sur la rue, tu fais tout pour trouver ses parents ou quelqu’un d’autre pour s’occuper d’elle, tu ne la vends pas au premier sénateur vicieux qui veut une pipe avant d’aller travailler.

C’est une des choses difficile de la prison, être entouré de gens qui te lèvent le cœur. Ils sont partout. Il y a les autorités (gardiens etc.) qui t’humilient en te refusant des trucs auxquels tu as droit (ou en te fouillant et t’empoignant les testicules et en te traitant de “tapette”) et les gens que tu côtoies qui sont des déchets. La solitude devient lourde par moment.