L’année dernière je m’étais inscrit sur un site de rencontres et j’avais écrit dans mon profil que j’avais fait de la prison. La première dame que j’ai rencontrée m’avait dit que je ne devrais pas parler de mon séjour en prison car les gens me voyaient ensuite avec un certain filtre selon ce qu’ils pensaient de ce séjour. La dame pensait que ce séjour m’avait rendu plus sage, d’autres pensent que j’ai été abusé sexuellement. Je comprends donc que ça peut changer l’attitude des gens à mon égard avant de me connaitre et même après.

Dernièrement quelqu’un m’a fait remarquer (reprocher) que j’étais souvent dans la lune et qu’il y avait un délai avant que je m’allume lorsqu’on me parle. Ça n’arrive habituellement pas dans mes contacts sociaux mais lorsque je vis avec quelqu‘un, c’est sûr qu’il y aura des moments dans la journée où je serai dans ma bulle.

Cette personne me disait que c’était dû à mon séjour en prison. C’est un problème avec elle, elle m’observe et voit tout au travers de ce filtre. Si je ne réponds pas lorsqu’elle est impatiente avec moi c’est à cause de ce que j’ai vécu en prison car la prison m’a appris à ne pas répondre ou m’affirmer. C’est comme si elle pensait que je n’avais pas eu de vie avant la prison ou que ma vie avant mon incarcération n’avait été qu’un long fleuve tranquille. Je lui ai pourtant déjà expliqué que la prison a sauvé ma santé mentale. Le pire de ce que j’ai vécu, l’enfer, je l’ai visité avant la prison. La prison ce n’était rien, qu’une longue convalescence pour me rétablir, me réparer.

J’en reviens au fait que je suis souvent dans la lune, comme ailleurs avec le regard absent lorsque les gens me parlent.

Lorsque j’étais enfant (6-7 ans) mes parents m’ont envoyé passer un test d’audition car je lisais presque constamment (j’ai appris à lire seul avant d’aller à l’école) et que je ne répondais jamais lorsqu’ils me parlaient. Le test a révélé que mon audition était parfaite. Le spécialiste a dit que j’étais juste dans la lune, ce n’était pas un problème d’audition.

EinsteinÊtre toujours dans la lune ne veut pas dire qu’on est stupide (quoiqu’un peu handicapé social). Albert Einstein est l’exemple parfait (je ne me trouve pas aussi intelligent que lui, c’est pour illustrer qu’on peut être intelligent et quand même très distrait).

J’ai été marié presque 20 ans et, malgré toutes sortes de problèmes, ma femme trouvait ça plutôt mignon ce travers que j’avais. Elle me le soulignait souvent en riant.

Un jour j’ai reçu un appel téléphonique à la maison :

Personne qui appelle : Bonjour c’est Georgette Boisvert, à côté.

Moi : À côté de quoi? (sérieusement, j’ai dit ça)

Georgette : À côté de chez vous, votre voisine.

Moi : OK.

Là elle m’explique son problème (inondation au sous-sol et elle voulait savoir si on avait le même problème).

Conversation entre mon ex-femme et moi :

Moi : Eille, la voisine d’à côté s’appelle comme la femme de la Caisse populaire qui s’occupe de notre hypothèque.

Mon ex : Colon! Notre voisine, c’est la dame de la Caisse populaire.

J’éclate encore de rire lorsque j’y pense. Ça faisait pourtant plus de quatre ans qu’on habitait là et je n’avais pas remarqué que notre voisine était la même personne qui s’occupait de notre prêt à la Caisse. Pas fort…

Il y a eu une période où je faisais des rénovations dans la maison et c’est sûr que dans ces moments là, je suis dans ma tête. J’allais à l’épicerie et on me demandait si il faisait beau dehors et je répondais « Je ne sais pas ». Les gens me regardaient quelques fois drôlement et je remarquais que mon T-shirt était plein de gouttes de pluie. Je n’avais pas remarqué qu’il pleuvait.

J’allais souvent à la quincaillerie très près de chez moi (j’y allais à pied) et la caissière me disait « À tantôt » car elle savait que je reviendrais quelques minutes plus tard. En plein hiver j’arrivais là en short et T-shirt et je ne remarquais pas qu’il faisait froid dehors. Les gens de la quincaillerie ne portaient plus trop attention à tout ça.

Un jour j’ai décidé de faire la lessive et mon ex s’est fâchée car j’avais mis un vêtement rouge avec du blanc. Elle m’a dit de ne plus toucher au linge sale.

Lorsque je me suis levé un samedi matin elle m’a donné un T-shirt à porter. Je l’ai enfilé et fait du bricolage toute la journée. Bien entendu je suis allé à la quincaillerie 4-5 fois dans la journée et même à une autre quincaillerie un peu plus loin (mais où je pouvais aller à pied aussi tant c’était près de chez moi).

À la fin de la journée mon ex m’a demandé :

Ex : As-tu remarqué quelque chose aujourd’hui?

Moi : Non.

Ex : Les gens ne te regardaient pas d’une drôle de façon?

Moi : Peut-être, je ne me soucie pas de la façon dont les gens me voient ou m’observent.

Ex : Toute la journée tu as porté un T-shirt que tu avais lavé avec ce vêtement rouge. Tu n’as pas remarqué qu’il était rose?

Moi : (J’ai éclaté de rire) Non pas du tout. Mais maintenant je le vois bien.

Bien entendu à chaque fois que j’ai eu une voiture j’ai trouvé comment débarrer la porte avec un cintre dès mon achat. J’oubliais mes clés trop souvent à l’intérieur. J’arrivais à ma voiture, voyais les clés à l’intérieur et je retournais à l’épicerie et demandait un cintre à un boucher (j’ai travaillé 7 ans dans une épicerie, je sais que tous les vêtements des bouchers sont nettoyés à l’extérieur et qu’ils reviennent sur des cintres juste bons à jeter) et pliait le cintre en me dirigeant vers ma voiture. Lorsque j’arrivais, ça me prenait 3-4 secondes pour débarrer ma porte.

En prison, aux États-Unis, j’étais souvent assis à la table des québécois (jusqu’à ce qu‘ils partent tous) et j’écrivais et lisais. Avec le temps ils ont appris à me faire signe et attendre que je sorte de mon monde avant de me parler. Ça ne les dérangeait pas.

C’est vrai qu’en prison j’ai encore plus appris à ne pas écouter ce qui se passait autour de moi. Lorsque je lisais ou écrivais, j’étais ailleurs. Lorsque j’écoutais les gens autour de moi, je constatais que je n’étais pas entouré de gens sophistiqués. Ils me rappelaient trop où j’étais.

C’est moi ça, le gars dans la lune. J’ai fait la paix avec ça. Il faut qu’une future amoureuse l’accepte. Si ça tape sur les nerfs de quelqu’un, ça ne fonctionnera pas. Quand on aime vraiment quelqu’un, on trouve ce genre de choses mignon car ça ne change pas l’intensité de notre relation ou de notre amour.

Ce serait comme m’en vouloir d’avoir le hoquet de temps à autre. Ce n’est pas quelque chose que je contrôle et ça ne change rien entre nous. Si ça t’énerve, too bad, je ne peux pas changer qui je suis.