J’ai récemment trouvé un reportage sur le système carcéral québécois en ligne. J’ai donc fait quelques saisies d’écran pour vous faire faire une petite visite de la prison de Rivière-des-prairies, une de mes anciennes adresses. Toutes les images viennent de ce reportage du Canal Savoir (sauf celle du “condo” qui vient de TVA).

Sur cette image ci-haut on voit une cellule régulière. Elles ont environ 7 pieds de large par 11 pieds. Comme vous pouvez le constater, les lits n’ont que 6 pieds de long. Pour un gars comme moi qui mesure presque 6 pieds, c’est court. Il faut dormir avec les jambes pliées un peu. On passe beaucoup de temps en cellule. Il y a des comptes à presque toutes les deux heures et il faut y rester quelques fois deux heures.

Il y avait un gars dans mon secteur qui a passé quatre ans dans une cellule comme ça.

cellule prison Rivière-des-Prairies

Il y a des cellules un peu plus grandes qu’on appelait les “condos”. Elles ont deux fenêtres et deux tables. Elles avaient été conçues pour les gens qui étaient longtemps en prison. J’étais dans un “condo” mais on était trois dans la cellule dont un détenu sur le plancher. J’ai été presque un an dans la même cellule mais je changeais de “coloc” souvent. J’en ai déjà eu six différents dans la même journée. Il y a des gars qui arrivent de la rue qui sont encore sous l’effet de substances, en sevrage, qui n’ont pas pris de douche depuis des mois etc.

Je gardais ma cellule beaucoup plus propre que ça. On peut nettoyer n’importe quoi avec du dentifrice .

cellule prison

Les toilettes n’ont pas de siège. On voit un carton sur la toilette car à RDP il y a une règle importante: on ne peut pas “flusher” la nuit car c’est si bruyant que ça peut réveiller tout le monde dans le secteur, surtout les voisins. Alors il faut un couvercle sur la toilette car ça sent vraiment fort quand deux ou trois gars urinent toute la nuit mais ne peuvent pas tirer la chaîne. Yeurk!

Ce n’est vraiment pas plaisant quand tu as à utiliser la toilette devant une personne qui tu ne connais pas avec les bruits et odeurs que ça comporte. Je me souviens d’une fois où j’avais dû y “aller” le soir et mes deux “colocs” se sont tournés vers moi pour “jaser”. Ils trouvaient ça très drôle.

Sur le plancher on voit un paquet de bouteilles attachées ensemble. Les gars déchirent des draps et attachent des bouteilles pour se faire des poids. Au-dessus de l’évier il y a un miroir qui est en fait une plaque d’acier inoxydable. Les miroirs sont presque tous mats.

cellule prison

La table est vraiment près de la tête du gars qui dort en bas. Il n’y a pas beaucoup d’intimité.

clôture Rivière-des-Prairies

Il y a toujours un véhicule qui fait le tour de la prison ou qui reste stationné au cas où quelqu’un voudrait s’évader mais surtout pour surveiller que personne ne s’approche. Il y a des gens de l’extérieur qui sautent par-dessus la petite clôture qu’on voit au loin et qui essaie de lancer des balles de drogue par-dessus les clôtures de la prison. La dernière fois où j’y étais ça n’arrivait presque plus car on ne sortait plus souvent (une heure par jour) et ils surveillaient vraiment plus.

Cour Rivière-des-Prairies

La cour extérieure. Les gars des deux secteurs adjacents ne sortent jamais en même temps pour ne pas qu’ils communiquent ensemble ou échangent des choses.

visite Rivière-des-Prairies

C’est là qu’on rencontre les visiteurs. Tous les détenus sont assis ensemble et les visiteurs sont de l’autre côté des fenêtres. La voix passe au travers de la grille sous la fenêtre. Il y a tellement de bruit qu’on n’entend presque rien, il faut se pencher pour se mettre l’oreille directement sur la grille mais on ne voit plus la personne.

C’est le moyen pour les gens des différents secteurs pour se rencontrer (il y aussi l’école mais certains détenus n’ont pas le droit d’y aller). Lorsqu’un gars dans ma cellule voulait rencontrer quelqu’un du même “gang” qui était dans un autre secteur, il appelait sa femme et lui disait de demander un “lift” à la femme de l’autre gars. Comme ça les deux gars se retrouvaient à la visite en même temps.

En 2002, lorsque j’ai été arrêté j’ai passé 80 jours à RDP (presque un an en 2007-2008 aussi). Un jour Brigitte est venue me visiter et il y avait un gars assis juste à côté de moi. Tout à coup trois autres détenus l’ont attrapé et se sont mis à le battre. Le gars s’est retrouvé sous mon banc et les autres continuaient à le frapper. La femme du gars s’est mise à crier et Brigitte pleurait. Les gardiens ont pris un peu de temps à arriver car il faut qu’ils se mettent des gants (ils ne veulent pas être contaminés par le sang). Brigitte ne pouvait plus arrêter de pleurer, elle croyait que c’était toujours comme ça.

Ce n’est pas toujours comme ça mais on sent toujours cette pression, qu’il y a quelque chose prêt à exploser. On peut être assis tranquille à une table et un gars arrive pour dire à un autre de surveiller son dos (“watch your back”) car il y a des gars qui veulent le “passer”.

secteur prison Rivière-des-Prairies

C’est une photo du secteur (la “wing”). Ma cellule (celle que j’ai occupée le plus longtemps car je suis passé par huit cellules) est à droite de la colonne en haut. C’était la G3-217B (B veut dire lit du bas). Ce qui était bien c’est que très peu de gens passaient devant ma porte. C’est pas mal la vue que les gardiens ont dans leur aquarium. Ils peuvent voir partout et on ne peut pas les voir.

Il y a une télé et c’est un sujet de discorde. Les gars se chicanent pour la station, la mettre plus fort etc. Quand j’y étais seulement les membres du “comité” avaient le droit d’y toucher. Ça veut dire qu’on venait souvent me voir pour changer les stations car, pendant une période, on n’était que deux sur ce “comité” et on n’écoutait pas la télé alors on n’était pas souvent devant.

C’est ce qu’ont l’air les secteurs G1, G2, G3, G4, G7 et G8. Les secteurs G5 et G6 sont pour les “psychiatrisés” (en argot de prison on dit les “soucoupes”) et les secteurs sont divisés en deux. On dit le G5 gauche et G5 droite par exemple car il y a un mur en plein milieu. Dans le S, ce sont des secteurs de 10 – 11 détenus. Il y a aussi le P ou ils mettent les “super protec”. Ces gars-là sont toujours seuls. Magnotta est sûrement là, Vincent Lacroix y était, Mark Lafleur aussi après un séjour dans ma cellule. Les gars sur la protection régulière étaient dans le G1 et le G2. Il y avait aussi de la population “normale” dans le G2 et ils ne pouvaient pas sortir de leur cellule en même temps que ceux de la “protec”.

secteur prison Rivière-des-Prairies

Lorsqu’on reçoit les repas dans un chariot il y a quelques fois des boîtes pour des petits contenants de mayonnaise. On les utilise pour mettre sur les tables. On a des places réservées (ce n’est pas une règle de la prison, c’est celle des détenus) au repas et on met nos “extras” dans la boîte : des sachets de ketchup, moutarde, sel, poivre, confiture, etc. Seulement ceux mangeant à cette table peuvent y prendre des choses. Si quelqu’un d’autre en veut il n’a qu’à demander, il est mal vu de refuser.

Sous chacun des deux escaliers il y deux téléphones pour un total de quatre. Quand j’y étais on accordait un maximum de 20 minutes par appel. Ça aussi c’était un sujet de discorde. Il y avait aussi tellement de bruit qu’il était difficile d’entendre ce qu’on se faisait dire. Quand ça fait des semaines que tu essaies de rejoindre quelqu’un pour régler un problème (une caution, la garde des enfants etc.) et que tu n’entends rien, c’est très frustrant. Il m’est arrivé de crier aux gens de se la fermer et je suis pourtant de nature calme.

Depuis qu’il y a de la surpopulation il n’y a pas assez de place pour asseoir tout le monde. Quand j’y étais en 2007-2008 il y avait trois personnes dans les “condos” alors on se retrouvait à 44 avec 40 places pour s’asseoir. Les quatre derniers arrivés s’assoyaient dans l’escalier ou mangeaient dans leur cellule car ils n’ont pas le temps d’attendre qu’il y ait une place disponible.

Sur le plancher près du mur on voit un grille-pain. À mon premier séjour c’était la seule chose qu’on avait pour se faire à manger. Les gars se faisaient cuire des choses en mettant une assiette d’aluminium sur le grille-pain. La deuxième fois on avait aussi une petite plaque chauffante (sur le plancher aussi). La rumeur était que c’était Vito Rizzuto qui en voulait en acheter une pour son secteur et il a été obligé de payer pour tous les secteurs. Je n’ai aucune idée si cette histoire est vraie.