Habituellement je n’aime pas écouter la télé-réalité à propos de prison. Ça m’amène trop d’émotions et de souvenirs. Quand je vois ces images, je ressens la consistance de l’air, comme s’il était plus difficile à respirer; j’entends aussi l’écho même si ce ne sont que des images sans son. J’entends les portes qui ferment, j’entends les gens qui crient, j’entends l’absence des sons doux: un oiseau qui chante, le vent dans les arbres, le ruissellement d’un ruisseau…

Mais ce show (60 days in) est différent. C’est à propos de gens qui n’ont pas commis de crime qui choisissent de passer 60 jours en prison pour différentes raisons. Le sheriff veut régler des problèmes de corruption, violence et trafic de drogues. Il y a une policière (Tamy) qui veut mieux comprendre ce qui se passe en prison. Il y a des gens (surtout Robert l’imbécile) qui croient que les gens en prison l’ont trop facile et qui pensent qu’il faut changer le système. Dès le début il dit que ce sera comme aller dans un « country club » et Tamy lui dit: « J’ai peur pour toi. »

Il y a une « twist » intéressante. Ils sont sept à se retrouver dans ce programme sans tous se connaitre. Quelques fois ils sont trois du « programme » dans le même secteur sans le savoir.

Ce show est vraiment « the real thing ». Pour faire plus vrai, ils ont dit à tout le monde qu’ils étaient là pour faire une émission à propos de prison. Ça donne une légitimité aux caméramans et toutes les entrevues qu’ils passent avec tout le monde (surtout les « infiltrés »). Le sheriff a fait ajouter des caméras partout, même dans les cellules.

À part le sheriff et le « deputy » (son adjoint), personne dans la prison n’est au courant de ce qui se passe.

Tout le monde a une histoire officielle à raconter car c’est la première chose que les gens demandent: « Pourquoi t’es ici? » Les autres détenus sont paranos et veulent être sûrs que tu n’es pas un policier. Il est aussi utile de savoir ce qu’ils peuvent retirer de toi, des informations, de l’argent etc.

Bien entendu Robert arrive là avec une attitude. Il se fait remarquer tout de suite. Il fait tout le contraire de ce qu’on lui a appris. Quand tu arrives en prison, à moins d’y connaitre quelqu’un ou que ça fasse plusieurs fois que tu y passes, tu gardes un profil bas et tu ne regardes personne dans les yeux au début (à moins que tu sois prêt à te battre).

J’avoue que j’étais un peu content de voir ce Robert qui avait des problèmes. Je sais que c’est méchant et je ne suis pas fier de ça mais les gens qui me disent que la prison est un camp de vacances, ça me fait chier.

Il y a une autre femme (Barbra) qui est mariée avec un soldat qui croit que les détenus sont mieux traités que les militaires et elle veut dévoiler tout ça. Ce qu’elle apprend est semblable à ce qui m’a aussi tranformé (surtout le « I’m all here ») :

La raison pourquoi ce show me touche tant est qu’on voit des gens qui se retrouvent en prison sans avoir eu de contact avec la vie criminelle. Ils ne connaissent pas les codes, les règles. On voit qu’ils arrivent dans les secteurs et que tout le monde les observe lorsqu’ils entrent alors que d’autres arrivent tout heureux de retrouver leurs amis qui sont déjà là.

stitchesLes « volontaires » apprennent dès le début que « snitches get stitches » (les délateurs auront des points de sutures). Ça rend les choses très compliquées. Si on te fait des menaces, il faut que tu fermes ta gueule; si on t’accuse de quelque chose que tu n’as pas fait, tu fermes ta gueule. Pas toujours évident.

Si vous voulez comprendre comment ça se passe en prison (aux États-Unis ou au Canada, quoique ce soit plus intense aux États-Unis), ça donne une bonne idée.