Dernièrement j’ai rencontré une femme qui m’aime beaucoup. Je ne comprends pas trop pourquoi. Elle me rappelait souvent mes failles et, en même temps, me manifestait son affection avec des choses qui n’étaient pas nécessaires.

Je sais que financièrement je ne suis pas à mon meilleur présentement. C’était gentil à elle de m’offrir de me servir de sa voiture, sa carte de crédit, partager son appartement mais ce n’est pas moi, je refusais. En même temps je peux comprendre que moi-même je l’aurais fait pour quelqu’un que j’aime. C’est ce qui rendait ça si touchant. Me faire coller en me faisant appeler “mon amoureux”, ça me bouleversait. Ça faisait trop longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Qu’elle s’inquiète parce que je mangeais de la nourriture de banque alimentaire, c’était mignon.

Elle me disait que lorsqu’elle pensait à l’abandon que j’avais vécu, ça la rendait incroyablement triste. Je ne voulais pas que quelqu’un se sente triste pour ce que j’avais vécu. Elle m’a fait comprendre que je trouverais normal que les épreuves de quelqu’un d’autre me touche. Il fallait que je j’abandonne l’idée de minimiser mes traumas et que c’était aux autres de les accepter ou non.

Je lui dois beaucoup.

Par contre elle me parlait trop souvent de “normalité”. Je me faisais trop souvent dire que je n’étais pas “normal” socialement. Je peux comprendre que j’ai des difficultés. Mais si je sors l’hiver et que je ne porte pas de chaussettes dans mes bottes (je n’ai pas froid), je ne comprends pas trop qui ça peut déranger. Si je ne mets pas de gel dans mes cheveux avant de sortir le chien pour ses besoins alors que j’ai encore une tuque sur la tête, je ne comprends pas qui me trouvera inadapté.

Je crois que les gens ont une certaine tolérance envers ceux qui sont “différents”, qui sortent leurs poubelles en shorts ou qui ne remarquent même pas qu’il pleut.

Par contre il m’est souvent arrivé d’avoir à intervenir pour elle dans ses interactions avec d’autres gens. Par exemple une fois elle m’a appelé pour que j’aille la rejoindre à l’urgence car elle venait de se casser quelque chose (c’était touchant qu’elle tienne à ce que je sois là). Le médecin lui a demandé si elle avait des béquilles chez elle. Elle a répondu : “Ben oui j’ai des béquilles… et une chaise roulante!” Le docteur m’a jeté un regard interrogateur (pas la première fois de la soirée). Je lui ai dit : “Non pas de béquilles, on va s’organiser”. Pour mon amie, c’était normal de répondre comme ça, “les imbéciles méritent de faire rire d’eux”. Pour moi, ça c’est être asocial. Les gens disent des trucs pour être polis. Ils ne s’attendent pas à des insultes ou du sarcasme.

Je crois sincèrement que les gens sont tolérants à propos des gens qui ont les cheveux indisciplinés, les vêtements froissés ou la barbe pas faite.  Les gens veulent qu’on les respecte, qu’on leur sourit lorsqu’ils nous parlent et qu’on leur réponde poliment.

Franchement j’aime les gens. La façon dont je m’habille n’a rien à voir avec le respect que je leur porte. Si je suis décoiffé parfois ce n’est pas parce que je me crisse des autres, c’est que je ne m’en suis pas aperçu. D’autres s’habillent, se coiffent, se maquillent pour ne pas être jugés et jugent ceux qui ne le font pas.

Ce que j’ai vécu ces dernières années m’a rendu insécure à propos de tout. Est-ce moi qui est inadapté socialement?

Oui, je suis différent de la “norme”. Je crois que les gens s’en foutent et sont quand même capables de m’apprécier. Je me trompe peut-être?