Avertissement: C’est un billet très personnel. Ceux qui veulent lire des histoires de prison, vous pouvez arrêter maintenant.

Il y a quelques minutes je marchais dans la rue et cette chanson, ces quelque mots ont joué dans ma tête, mon coeur:

Loving you isn’t the right thing to do.

C’est une vieille chanson de Fleetwood Mac mais j’aime bien la version de Lissie. C’est bizarre que tout à coup cette chanson joue dans ma tête au même moment où il y a des choses qui se passent dans ma vie qui correspondent à ces mots.

Je me suis inscrit sur reseaucontact pour m’obliger à sortir, faire des rencontres. Quand quelqu’un m’invite, j’y vais même si je ne crois pas trop à la probabilité d’une connexion, ça me fait sortir; sortir de chez moi, sortir de ma zone de confort. Je trouve cette façon de fonctionner pas très normale. C’est comme si on avait une liste et on risque donc de passer à côté de quelqu’un qui est intéressant parce que la personne ne correspond pas à un critère. Par exemple, je mets de côté les gens qui habitent trop loin car je n’ai pas de voiture et que c’est donc compliqué pour moi de me déplacer. J’habite dans un appartement si petit qu’il est impossible de recevoir de la galante compagnie. Je n’écris pas aux femmes qui sont six ans (ou +) plus jeune que moi car il y a de bonnes chances pour qu’elles ne veuillent pas de moi ou qu’elles aient des enfants jeunes avec des problèmes de garde avec un ex etc.

Dernièrement j’ai écrit un billet disant qu’il y avait quelqu’un de nouveau dans ma vie. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup mais elle n’est pas devenue une amoureuse. C’est une bonne amie, quelqu’un pour qui j’ai beaucoup de respect.

Mais pourquoi cette chanson qui dit “t’aimer n’est pas approprié, n’est pas normal”?

C’est que depuis quelques mois qu’il y a quelqu’un qui me chicote.

Un peu avant Noël une femme m’a envoyé un courriel à propos de mon blog. Appelons-la Julie. Elle est ensuite devenue mon “amie” sur facebook. Pour moi c’était une petite fille. Je ne décrirai pas sa photo mais je trouvais qu’elle avait l’air très jeune. J’ai même montré sa photo facebook à mon frère disant “regarde la jolie jeune fille qui me ‘suit’ sur facebook”.

Peu après elle m’a écrit après avoir lu que je serais seul à Noël. Elle me demandait si c’était par choix ou si c’était parce que je n’avais personne. Je lui ai expliqué que Noël n’était pas important pour moi et que ça ne me dérangeait pas d’être seul à Noël. C’est resté comme ça.

Plus tard elle m’a écrit à propos d’une recette que j’avais publiée. Elle voulait connaître la recette du spaghetti à la sauce au beurre d’arachides. Ça m’avait surpris un peu car personne avant ne m’en avait parlé.

On a discuté un peu et j’ai appris qu’elle n’était pas une enfant. Elle était dans la trentaine. Quand même 15 ans plus jeune que moi. Maintenant qu’elle n’avait plus 22 ans pour moi, ça s’est mis à me chatouiller un peu. Elle est beaucoup trop jeune pour moi mais dans ma famille c’est quelque chose qui est arrivé à certains, je ne nommerai personne. Ça ne me semblait plus impossible.

Dans les semaines suivantes, j’ai vu les trucs qu’elle écrivait en ligne et c’était si drôle. Souvent elle pouvait sortir des références sur de vieux films que même des femmes de mon âge n’aurait pas sues (merde qui se souvient de Tom Cruise dans Risky Business ou de Highlander?) Il y avait aussi cette sensibilité par rapport à la douleur des autres, cet amour qu’elle a pour tout le monde.

Je la taquine souvent sur son âge. Comme pour la tenir éloignée, pour me rappeler que ça n’a pas d’allure. L’autre jour elle m’a conseillé d’écouter une émission américaine qu’elle aimait à cause d’un acteur qui n’est plus très jeune et qui a déjà connu un certain succès il y a longtemps. Ça m’avait encore surpris qu’elle le connaisse et je l’ai encore taquinée. Elle m’a répondu qu’elle ressentait un certain “âgisme” de ma part.

Ça m’a pris presque deux jours pour répondre à ça. Je savais quoi répondre mais oserais-je? Est ce-ce que je pourrais trouver les bons mots pour ne pas faire un fou de moi?

Ce n’est pas de l’âgisme mais tu me sembles trop intéressante. Ça m’agace un peu.

Et là elle m’a répondu:

c’est vrai que c’est chiant, ça!

Je comprends ce que tu veux dire.

Merde qu’est-ce que ça veut dire? Je me sentais soudainement comme un adolescent qui réapprend le jeu de la séduction (et qui n’y comprend rien), qui doit essayer de comprendre ce qu’on lui dit sans tout à fait comprendre car ça ne lui semble pas possible.

Nous en sommes restés là mais elle me tournait de plus en plus dans la tête. Oui elle est beaucoup plus jeune que moi mais dans chaque femme que je rencontre il y a quelque chose qui n’est pas parfait. Certaines ont des contraintes qui rendent les fréquentations difficiles (qui peuvent dues à moi et mes conditions ou autre chose), d’autres ne se sentent pas prêtes pour quelque chose de sérieux (elles veulent butiner avant de se caser),  trouvent que je suis une moumoune d’avoir laissé les gens abuser de moi sans me battre plus que ça ou ont des préjugés envers les anciens détenus même si elles veulent me rencontrer…

Je laissais les choses aller jusqu’à vendredi dernier. J’ai commencé à lui parler de l’émission qu’elle m’avait conseillée et on s’est mis à discuter de toutes sortes de sujets dont le fait que j’étais sur reseaucontact. Elle m’a parlé de Tinder (un site de rencontre basé sur le look des gens). Je  lui ai dit que ça ne m’intéressait pas. Ce n’est pas le sexe qui me manque, “c’est la connexion avec une autre âme que je veux. Le sexe je veux le partager.” C’est là que quelque chose est arrivé, elle m’a dit:

tu m’énerves.

Tout à coup nous avons basculé dans un autre univers. Je l’énervais comme elle m’agaçait . Tout à coup il y a eu une avalanche de ce qu’on avait ressenti ces derniers mois, ce qu’on avait retenu, plein de situations soudainement expliquées. Nous avons discuté des heures, de nos blessures, nos espoirs…

Je me suis couché tout à l’envers ce soir-là. Il y avait des critères auxquels elle ne correspondait pas: trop jeune, trop loin. Mais d’un autre côté une grande disponibilité à se commettre, un amour pour les gens, qui soient-ils. Je crois vraiment important d’admirer la personne avec qui on partage sa vie. J’ai rencontré des gens que j’admirais professionnellement ou intellectuellement mais, cette Julie, je l’admirais pour ce qu’elle était, quelque chose qui m’avait pris des années à découvrir en moi. Ce qui m’avait pris tant d’effort et de douleur, ça semblait naturel chez elle. Elle avait souffert mais faisait encore confiance à ce que la vie pouvait lui offrir. Peut-être une naïveté rafraîchissante.

Oui je me suis couché en me disant que j’étais fou. Fou de croire que c’était possible, fou de risquer de faire souffrir cette personne décente. Je n’ai pas dormi beaucoup.

Samedi matin, c’était un peu plus clair. J’avais droit au bonheur. Je m’ouvrirais à ce que la vie m’offrait. Malgré tout ça, j’ai quand même peur…

Alors Julie, même si “loving you isn’t the right thing to do”, je suis prêt à nous donner une chance. Ça semble fou et ridicule mais j’ai vécu des choses bien plus folles qui m’ont amené où je suis, qui ont fait de moi l’homme que je suis, l’homme qui considère un privilège que tu lui donnes une chance…