Quelqu’un que j’aime beaucoup m’a fait réfléchir sur le fait que j’utilisais beaucoup l’expression “Depuis que je suis sorti de prison…” Elle se demandait, en d’autres mots, si ce séjour définissait qui j’étais et si cela aurait une fin.

Il est vrai que cette personne n’est arrivée que depuis peu de temps dans ma vie dans des circonstances qui font qu’on doit expliquer qui on est, en quoi on croit. Alors ma conversation revient souvent sur des choses qui ont fait de moi qui je suis et comment je vois les choses depuis.

C’est peut-être ce besoin d’expliquer en quoi mon passage en prison n’a pas été qu’une chose négative, que j’en suis ressorti quelqu’un de meilleur. Peut-être pour éviter de discuter de choses qui ont été beaucoup plus difficiles que la prison. “Depuis que je suis sorti de prison”, c’est une nouvelle naissance pour moi. C’est une opportunité de recommencer à neuf sans les acquis que quelqu’un de mon âge aurait amassés toute sa vie. Aurais-je eu l’audace à 40 ou 50 ans de dire que j’abandonnais tout et surtout l’idée que les gens avaient de moi pour repartir à zéro et devenir l’homme que je suis vraiment?

Qui peut avoir la chance de tout revivre une première fois et de profiter de chaque seconde, d’apprécier chaque petit plaisir de la vie? 

Il m’est arrivé toutes sortes de choses. La GRC, le ministère de la justice, le gouvernement fédéral, les avocats ont agi de sorte à détruire tout ce que j’avais, ma vie, ma réputation… Mais lorsque je me suis retrouvé avec rien devant moi, il ne restait que mon intérieur, mon essence. J’étais riche.

Ces gens, en tuant ce QUE j’étais, m’ont permis de devenir QUI je suis. 

Ce long séjour, très difficile par moments, m’a permis de partir à la recherche de ce QUI. C’est une longue quête qui n’est pas terminée.

Quand je repense à cette personne de mon passé, j’ai beaucoup d’empathie pour elle, mais ce n’est pas moi. Ça me rend triste de voir ce qu’on lui a fait, ce qu’elle a pu ressentir ou dû vivre mais ça ne me touche plus personnellement. C’est ce que je ressens aujourd’hui. Je suis en paix.

Maintenant, je n’ai plus peur de perdre de l’argent, je n’ai plus peur de perdre une certaine réputation, je n’ai plus peur de perdre des amis, je n’ai plus peur…

En m’enlevant ma liberté, on m’a rendu plus libre que je ne l’ai jamais été.

Je vois des gens prisonniers de leur mode de vie, prisonniers de l’idée qu’ils se font de la vie, prisonniers de l’image qu’ils veulent transmettre aux autres, prisonniers de cette course folle de la vie, prisonniers de cette poursuite illusoire du bonheur dans la consommation…

Les gens travaillent à des emplois qu’ils n’aiment pas pour acheter des choses afin d’impressionner des gens qu’ils n’aiment pas non plus.

J’avais beaucoup de travail dernièrement mais j’ai commencé à avoir peur, avoir peur d’échapper le contrôle sur ma vie. Il fallait que j’arrête et fasse le point. Le travail attendra. C’est moi qui contrôle ma vie.

J’ai suffisamment, il faut que je sois.

J’ai eu des conversations intéressantes avec cette nouvelle personne dans ma vie. Elle m’a dit “La vie nous envoie ce dont on a besoin”. Je ne dis pas qu’elle y croit mais je crois que c’est une belle pensée qui amène des réflexions.

Je crois sincèrement que si je reste sincère et fidèle à QUI je suis, les choses ne pourront que bien se passer. 

J’ai trouvé la paix et j’obtiendrai ce dont j’ai vraiment besoin. Je me concentre sur l’important et reste ouvert à l’inattendu. “En atteignant le but on a manqué tout le reste” –  proverbe japonais.

J’ai découvert que l’important, ce sont les personnes qui font de ma vie ce qu’elle est. Et la première de ces personnes, c’est moi. Il faut que j’en prenne soin. Il faut aussi que je laisse d’autres gens entrer dans ce cercle des personnes qui font ma vie.

J’ai déjà parlé des « fair weather friends », ces amis qui ne sont là que lorsque les choses vont bien. J’avais dit que le fait d’aller en prison permet de « filtrer » qui sont nos vrais amis. J’avais aussi dit que comme il ne m’en restait plus, je n’étais pas prêt à retourner en prison pour tester les éventuels futurs amis que je me ferais. Par contre dire ouvertement à ceux que je rencontre QUI je suis et d’où je viens me permet de voir qui « mérite » mon amitié.

Les gens qui se soucient de QUI je suis plutôt que par où je suis passé, les gens qui ne s’inquiètent pas de ce que les autres penseront, les gens qui ont une ouverture, de l’empathie, de la compassion, des gens prêts à ACCUEILLIR les émotions, des gens capables d’exprimer leurs doutes et joies, des gens pouvant communiquer leurs incertitudes, les gens qui ne se voient pas au travers des yeux des autres… ce sont les gens que je veux dans ma vie. Des gens que j’aimerai et qui m’aimeront.

Est-ce que je veux de l’amitié de quelqu’un qui me jugerait parce que j’ai fait de la prison? En ne lui disant pas, cette personne apprendrait peut-être à m’apprécier et serait peut-être plus ouverte en l’apprenant plus tard. Mais est-ce que je veux d’une personne comme ça dans ma vie? Une chose est sûre, je n’en ai pas besoin.

Il y a donc quelqu’un de nouveau dans ma vie. Où est-ce que ça mènera? Ça ne m’inquiète pas. Je n’ai plus peur… Je suis sincère et fidèle à QUI je suis et les choses ne pourront que s’arranger de la meilleure façon.

Je suis condamné au meilleur.