Depuis que je suis arrivé au Canada j’ai rencontré toutes sortes d’intervenants. Certains sont du genre fonctionnaires qui ne font ça que parce qu’il y a un chèque de paye à toutes les deux semaines et d’autres sont passionnés par ce qu’ils font.

Je sais que ça doit être difficile de rester passionné et d’avoir l’impression qu’on fait une différence lorsqu’on s’aperçoit que la plupart des détenus avec qui on fait affaire reviennent peu après leur départ. Il est compréhensible de devenir désabusé.

C’est pourquoi j’admire tant les gens qui gardent espoir et qui, malgré les nombreux échecs, continuent leur merveilleux travail.

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Il y avait quelques mois que j’étais arrivé au Centre Fédéral de Formation lorsque j’ai entendu qu’il y avait des gens de l’extérieur qui étaient venus jouer aux cartes avec les détenus. Je ne suis pas un joueur de cartes mais je suis allé faire un tour pour voir comment ça se passait. À ce moment il y avait peu de détenus au CFF (la population a plus que doublé depuis) et lorsque je suis arrivé j’ai vu qu’il y avait des “civils” qui jouaient aux cartes avec les détenus. Il n’y avait pas beaucoup de monde. Lorsque je suis entré dans ce local, ça m’a fait tellement bizarre. C’est comme si, tout à coup, je n’étais plus en prison. Il y avait des gens qui étaient là, qui étaient venus pour jouer aux cartes avec nous et pour qui ce qu’on n’avait fait n’avait aucune importance. J’ai été invité à jouer aux cartes mais je ne suis pas resté. Lorsque j’y repense, je me demande pourquoi. C’est vrai que je n’aime pas jouer aux cartes.

Même si je n’avais pas joué, je suis parti de là plus léger. Je me sentais bien. Comme si j’avais vu une partie de la société que je n’avais pas vue depuis longtemps, comme j’aimerais qu’elle soit.

J’en ai encore des frissons quand j’y repense car ces gens donnent du temps précieux pour des gens qui, selon le gouvernement Harper, ne sont que la lie de la société. Ils ne jugent pas, ils aident par leur seule présence. Je suis sûr que ces gens diront qu’ils font ça parce qu’ils en retirent quelque chose aussi, que ça leur fait du bien. Ça ne les rend que plus admirable.

Cette organisation qui fait du si bon travail s’appelle ARCAD (Association de rencontres culturelles avec les détenus). Je n’ai pas mis le lien de leur site car il ne semble pas terminé.

Si vous voulez faire une différence dans la vie de quelqu’un, je vous conseille de les contacter. Quand j’étais encire en prison je sais qu’ils cherchaient des gens pour correspondre avec les détenus. Je m’étais inscrit pour trouver un correspondant(e) mais il y avait un manque de gens pour correspondre avec les détenus. Je crois qu’ils acceptent aussi les dons de livres récents pour la bibliothèque (le système actuel de la prison ne fait pas trop de sens). Si vous avez des dictionnaires, ce serait bien de les donner car on en manquait et je sais qu’avec Internet, on n’a plus vraiment besoin (sauf en prison).

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Quand je suis sorti de prison, j’avais comme condition (entre autres): avoir un emploi, être à la recherche d’un emploi, être aux études ou faire du bénévolat. C’était pour éviter “l’oisiveté”. J’ai rencontré des gars avec qui j’étais en prison depuis et ils éclatent toujours de rire lorsqu’ils entendent ça parce qu’ils me connaissent; je n’arrête jamais et je ne perds pas mon temps.  Comme je n’avais pas d’emploi, je me suis inscrit auprès de La Boussole du YMCA. Le YMCA offre des services pour tous les gens qui ont un dossier même si leur sentence est terminée.

À la première entrevue, j’ai rencontré une femme formidable qui a interrogé tout le monde sur leurs besoins. Avez-vous des déclarations d’impôt en retard? Avez-vous besoin de lunettes, dentiste etc. J’ai su qu’elle travaillait aussi la nuit pour aider les gens de la rue.

Ces gens ont même un vestiaire pour prêter des vêtements pour des entrevues.

J’ai remarqué que des gens n’ayant aucun endroit pour prendre leur douche y allaient pour pouvoir se laver. Ils y arrivaient avec toutes leurs possessions et pouvaient en ressortir ayant plus fière allure. Ça me touchait beaucoup.

Ces gens ne faisaient pas leur métier que parce que ça leur donnait un chèque. Ça les intéressait. La personne responsable était sur un comité à propos des changements de politique à propos du pardon.

Une des agentes de libération conditionnelle que j’ai eue plus tard savait qu’il y avait eu des changements mais elle ne me croyait pas lorsque je lui disais que le pardon n’existait plus et que ça s’appelait maintenant suspension de dossier. Lorsque je lui ai parlé de Steven Blaney, elle ne savait pas qui c’était. Il a fallu que je lui explique que c’était le ministre de la Sécurité publique, son grand boss.

C’est une des différences entre les gens qui font un métier qui les intéresse et ceux qui ne font qu’administrer des conditions et des numéros.

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Quelques semaines plus tard mon agent de libération conditionnelle m’a avisé que les nouvelles directives de Harpes m’obligeaient à maintenant aller chez OPEX pour ma recherche d’emploi.

C’était compliqué pour moi car c’était beaucoup plus loin et il n’y avait pas de WiFi. Je n’avais pas le choix.

J’avais déjà décidé que si je ne trouvais pas un emploi pendant l’été, je retournerais à l’école à l’automne. Personne chez OPEX ne m’a expliqué comment faire mais j’ai réussi à m’inscrire à l’UQAM. J’hésitais entre aller à l’université ou au CEGEP pour faire un cours en télécommunication pour mettre à jour mes connaissances dans mon domaine d’expertise. Je savais qu’il y avait des programmes subventionnés par Emploi Québec qui pourraient payer pour les cours plus quelque chose comme 1000$ par mois. Je me suis donc inscrit à à une session d’information.

On a fixé la date de cette session le mercredi précédent ma rentrée à l’université.

À cette session d’information j’ai appris que je n’avais droit à rien parce que je ne recevais pas le chômage ou d’aide sociale etc. Par contre j’ai appris que parce que j’avais déjà un bac et que je ne pouvais pas trouver d’emploi parce que je sortais de prison, j’avais le droit à une subvention salariale. Emploi-Québec me donnerait une lettre que je pourrais présenter à d’éventuels employeurs disant qu’ils paieraient jusqu’à 50% de mon salaire pendant 30 semaines et même une partie du salaire de la personne en charge de me former.

Le lendemain (le jeudi) j’en ai parlé à deux personnes d’OPEX. Toutes les deux m’ont dit être au courant de ce programme. Quand j’ai demandé à ces deux personnes pourquoi on ne m’avait pas avisé plus tôt, elles m’ont répondu toutes les deux qu’on voulait me laisser chercher un peu avant de me parler de ce programme. On était le jeudi et je commençais l’université le lundi suivant, quand avaient-ils l’intention de m’en parler?

Voilà l’exemple parfait de fonctionnaires imbéciles qui ne travaillent que pour leur chèque et qui se foutent des conséquences de leurs actions (ou inaction).

La semaine suivante je suis retourné chez Emploi-Québec pour pouvoir profiter de cette subvention salariale: parce que j’avais débuté l’université je n’y avais plus droit. Quelle surprise!

Comment tout ça pouvait se terminer? J’avais vu des fonctionnaires que Harpes m’obligeaient à voir. Comment cela aurait pu finir logiquement?