J’ai commencé à travailler sur un site et le client m’a dit qu’il avait un problème lorsqu’il le regardait sur son iPad. Shit! J’en ai pas moi, de iPad.

Il y a longtemps que je me disais qu’il faudrait que j’achète une tablette pour tester mes sites. Je n’avais pas d’argent mais voilà que j’en ai assez. Je m’étais toujours promis de ne pas m’acheter toutes sortes de choses inutiles mais j’ai fini par me convaincre: c’est un outil de travail.

Je suis donc allé au futureshop hier pour m’acheter cette bébelle.

Mais, pour me rendre à ce futureshop, j’ai dû passer par le Centre Eaton et j’ai vu les publicités pour Noël et toute cette abondance. Les gens sont beaux et insouciants. Ils sont heureux: ils dépensent de l’argent!

Je suis sorti sur la rue Sainte-Catherine et j’ai vu des gens assis par terre sur le trottoir. Des gens qui ne semblaient pas aussi joyeux.

J’ai fini par arriver au futureshop et j’ai fait mes achats rapidement. Je n’aime pas cet endroit. Les vendeurs se crissent de nous jusqu’à ce qu’on prenne une boîte et qu’on se dirige vers la sortie. Là ils sont très pressés de mettre leur numéro de vendeur sur la facture.

Je n’ai pas pris le dernier modèle de iPad et j’ai choisi celui avec le moins de mémoire ainsi que le boitier le moins dispendieux; ce n’est que pour tester mes sites. Mais pendant ces achats, je me sentais mal à l’aise. Il y avait des gens dehors qui n’avaient pas la chance que j’avais et je dépensais un mois d’aide sociale pour quelque chose que je n’utiliserai que très peu.

Avant de partir faire ces courses je m’étais promis d’aller manger au McDo. Il y a longtemps que je ne m’étais pas payé ce plaisir. Après mes achats, j’y suis donc allé et comme d’habitude, j’ai commandé un trio plus un autre hamburger.

Je mangeais et je pensais à ces gens dans la rue. Ça ne fait peut-être pas assez longtemps que j’habite à Montréal parce que je les vois encore. Je mangeais donc et je me suis aperçu que je n’avais pas vraiment faim. Je suis donc allé demander un sac au comptoir pour y mettre le hamburger qui me restait. À ma sortie j’ai rencontré quelqu’un qui fouillait dans la poubelle et le lui ai demandé s’il avait faim. Je lui ai donné mon sac.

Je me sentais encore si mal que j’ai vidé mes poches dans le contenant de la première personne assise par terre que j’ai vue.

Je suppose que ça va me prendre un peu de temps à m’habituer à cet argent. J’en ai pourtant très peu comparativement à ce que j’avais avant mon arrestation.

Je repense au gars qui fouillait dans les poubelles au McDo et il y a quelque chose qui me rend encore plus triste. C’était un gars à peu près de mon âge, ça aurait pu être moi. Ce qui est triste est que si ça avait été un des inuits qui étaient sur le trottoir d’en face, probablement qu’il se serait fait jeter dehors très rapidement.

Quelques fois j’envie les gens qui vivent sans voir la misère qui les entoure. Ils sont idiots mais heureux. Les anglais disent “ignorance is bliss” (l’ignorance c’est la félicité).

Mais, surtout, je les plains de ne pas savoir à quel point ils ont une vie merveilleuse. Je suppose que c’est le cadeau que la prison m’a fait: je suis condamné à être heureux, peu importe dans quelle situation je me trouverai.