Lorsqu’on arrive à une prison, on nous assigne souvent à la cuisine. C’est surtout vrai aux États-Unis car c’est un travail difficile avec des horaires de fous (certains se levaient à 3h00 du matin) et ça ne payait que 12 sous de l’heure. J’ai donc travaillé à la cuisine de Moshannon Valley Correctional Center et celle du Centre Fédéral de Formation.

Aux États-Unis, on servait des repas pour 1500 personnes plus les gardiens. Ça prenait parfois plus de deux heures pour faire manger tout le monde. On faisait cuire 200 livres de riz et 50 livres de fèves (beans) au dîner et au souper. Pour la supervision il y avait un boss qu’on ne voyait presque jamais car il était toujours dans son bureau, une personne dans la cuisine (la section où on préparait les repas) et une autre personne près de la fenêtre où on passait les repas aux détenus. Environ 400 personnes travaillaient dans la cuisine sur trois quarts de travail. C’était très petit et on se marchait sur les pieds.

Aux États-Unis on ne fait pas de blagues avec l’hygiène :

  • tout le monde porte un filet sur la tête et sur la bouche (pour couvrir la barbe et la moustache). Qu’on ait des cheveux/barbe/moustache ou non n’avait pas d’importance. Tout le monde les portait.
  • à chaque jour on utilise l’équivalent d’un gros contenant de 100 litres (une grosse poubelle) plein de guenilles propres.
  • il y a des gens préposés à nettoyer qui suivent une formation.
  • il y a aussi partout des chaudières de liquide auxquelles on ajoute un produit désinfectant. Des guenilles sont laissées dans ces chaudières et c’est ce qu’on utilise pour nettoyer. On se fait engueuler si on laisse traîner une guenille sur une table. Quand ça arrive, on retourne la guenille dans le contant de linge sale.
  • quelqu’un se promène avec des bâtonnets pour tester l’eau de ces chaudières. Si elles sont contaminées, on change l’eau.
  • du côté de la cafétéria il y a une douzaine de détenus qui lavent les tables et le plancher. Lorsque des gens quittent une table, quelqu’un arrive tout de suite pour la laver. On nous amène aussi un pichet d’eau froide. On se croirait presque au restaurant (à part la qualité de la nourriture et qu’on n’a qu’une cuillère en plastique pour manger).
  • il y avait un “buffet” pour le riz et les fèves. Pendant une courte période il y a eu parfois du pain. Il y avait des pinces pour prendre le pain. Si quelqu’un touchait au pain avec ses mains, il se faisait engueuler par les autres détenus.

Au Canada, on servait environ 200 personnes (ça a monté à 400 par la suite) mais comme les gens ont plus d’argent pour s’acheter à manger, qu’il y a de bonnes choses sur la cantine et qu’il y a des cuisines complètes dans les secteurs, ce n’est pas tout le monde qui vient manger. La fin de semaine il ne venait qu’une trentaine de personnes au déjeuner. La cuisine est 3 fois plus grande que celle des États-Unis et beaucoup mieux équipée. Il y avait toujours 4-5 personnes pour superviser (les économes). C’était vraiment ridicule.

Pour l’hygiène, ça faisait peur :

  • à mon premier jour dans la cuisine on m’a mis à la cuisson. J’étais avec le cuisinier et un économe et j’ai échappé une guenille par terre. J’ai demandé où on mettait les guenilles sales et je me suis fait répondre par l’économe qu’elle n’était pas sale. Il fallait que je continue à m’en servir.
  • on ne portait pas de filet sur la barbe et ceux qui étaient chauves ou avaient les cheveux courts ne mettaient pas de filet sur la tête.
  • les guenilles n’étaient pas lavées tous les jours et je devais me cacher une guenille que je lavais moi-même une fois par jour. Je pouvais utiliser la même pendant presque une semaine. Il n’y avait aucun contrôle, quelqu’un aurait pu laver une table où il y avait eu du poulet cru et quelqu’un d’autre aurait pu la prendre pour aller laver les tables où les gens préparaient à manger. Je me suis plaint mais ça n’a rien changé. Pour eux c’était une situation normale.
  • il y avait des souris et des insectes partout. Les gars de la pâtisserie trouvaient des crottes de souris sur leur comptoir et je suis souvent allé voir les économes avec des pannes pleines d’insectes sans résultat.
  • personne n’était attitré à nettoyer la cafétéria (où les gens mangeaient). Je le faisais quelques fois avec quelqu’un d’autre quand je n’avais rien à faire mais il y avait des toiles d’araignées partout et les tables devenaient vraiment sales et collantes. Je n’avais pas le temps de les nettoyer tous les jours.
  • quelques mois plus tard, alors que je ne travaillais plus à la cuisine, j’ai remarqué qu’un détenu nous servait toujours la nourriture (des gâteaux, biscuits etc.) avec ses mains nues. Après quelques fois j’ai demandé à l’économe qui était là si c’était normal que le gars n’ait pas de gants. Il m’a répondu que c’était correct car il s’était lavé les mains! Est-ce que ça veut dire que tous les autres ne se les lavent pas?
  • il y avait un endroit où les détenus pouvaient se prendre du pain mais on ne pouvait le faire qu’avec nos mains. On voyait les gens avec les mains toutes sales fouiller dans le pain et y remettre les tranches qu’ils ne voulaient pas. Mon ami le gros nounours a fait une plainte officielle auprès du directeur de la prison et il s’est fait répondre que c’était normal et que c’était comme ça dans les restaurants aussi. Je ne sais pas dans quel genre de restaurant il se tient.

C’est une différence que j’ai remarquée entre les États-Unis et le Canada. Aux États-Unis tout est beaucoup plus propre. Personne n’aurait pu laisser son lit pas fait et il y avait une façon spéciale de le faire. Il fallait que mon coin soit impeccable en tout temps. Au Canada c’était vraiment triste de voir certaines cellules. Je ne me rendrai peut-être pas populaire mais je crois personnellement que la prison est un bon endroit pour prendre de bonnes habitudes et que les autorités devraient être plus sévères. Mais ce serait beaucoup plus de travail pour les gardiens s’ils devaient faire de la discipline.

*photo gracieuseté de Andre Vandal
(https://www.flickr.com/photos/avdezign/8900816711/)