J’ai commencé à travailler en informatique il y a plus de 30 ans. J’ai fait une pause de quelques années lors de mon “séjour” aux États-Unis. C’est vrai que dans les prisons fédérales privées américaines par lesquelles je suis passé il n’y avait que des dactylos. Rien pour me tenir à jour des changements technologiques.

Lorsque j’ai été transféré pour terminer ma “sentence” au Canada, je me suis inscrit au certificat “Informatisation d’une petite entreprise”. J’ai “appris” Window XP, Office 2007 et d’autres trucs du genre. Le professeur (un vrai professeur de CEGEP pas un autre détenu) ne savait pas ce qu’était jQuery, WordPress ou Drupal. Il me disait que c’était inutile d’apprendre ça, que si c’était populaire, ce n’était qu’une mode et que l’année prochaine ce serait autre chose. Au moins j’ai pu apprendre PHP. C’était mieux que de travailler à la cuisine.

Je suis sorti de prison il y a un peu plus d’un an. À ma sortie il a fallu que j’apprenne comment fonctionne les médias sociaux, Windows 8, et les nouveaux langages de programmation. J’aime beaucoup ça car j’adore apprendre. J’ai aussi commencé à apprendre WordPress. En prison je lisais beaucoup et ce que j’avais lu sur WordPress me plaisait. J’avais hâte de pouvoir m’y mettre.

Quand j’ai commencé ma recherche d’emploi, j’ai communiqué avec quelques anciens collègues avec qui j’avais travaillé à Québec. Je me suis aperçu que l’environnement de travail pour les informaticiens a bien changé, à tout le moins dans les grandes firmes. Tout est devenu tellement bureaucratique. Tout est centralisé, “formulairisé”. Si un client avait un problème, on se levait et on allait le régler. Maintenant il y a tout un processus pour qu’on sache qu’est-ce qui se passe. Alors un problème qui prenait deux heures à régler peut maintenant prendre deux semaines, s’il est vraiment réglé.

Je me souviens de mes premières années de travail. Quand il y avait des salons, congrès ou séminaires, c’était toujours relax et cool. Les gens ne se prenaient pas au sérieux. On avait l’impression d’être les précurseurs de quelque chose d’important. Avec les années c’est devenu de plus en plus sérieux. Je crois que c’est le fait que les grandes entreprises financières ou autres ont commencé à utiliser des ordinateurs personnels infiltrant ainsi notre “monde”. On s’est mis à voir des gens avec des complets, des gens qui se trouvaient bien importants. Il y a peut-être une bonne raison à tout ça. C’est juste que ce n’est pas un environnement dont j’ai envie de faire partie.

Dans cette dernière année je suis aussi allé à l’UQAM pour suivre des cours d’informatique. C’était très différent de quand j’avais fait mon bac dans les années 80. Je voyais maintenant beaucoup de gens passionnés par ce qu’ils faisaient mais beaucoup de gens pour qui ce n’était que le moyen de se trouver un emploi, gagner sa vie (quelle drôle d’expression, gagner sa vie. Qu’est-ce qu’on gagne?).

Même si je crois que je commence à être bon pour faire des sites web, j’avais un peu d’appréhension quant à mon avenir. Ça ne me tente vraiment pas d’aller travailler en programmation pour une grande firme qui aura des normes pour tout. J’ai été en prison assez longtemps comme ça. Aller travailler pour une petite firme me stresse un peu car ces gens-là n’ont pas beaucoup d’argent à gaspiller. Ils veulent des résultats, ils n’ont pas le temps ou l’argent pour me former. J’ai déjà vécu la folle course de la vie “normale” et ça ne m’attire pas tellement. Je ne suis pas paresseux mais je n’ai pas besoin de grand chose pour vivre et toutes ces années m’ont appris qu’il fallait que je prenne le temps de vivre. Quand on a passé la moitié de sa vie à “gagner” sa vie, il est temps d’avoir la vie qu’on mérite. L’idéal pour moi serait ce que je fais présentement: du travail à la pige pour des firmes de design ou des graphistes. Ils savent ce qu’ils veulent et font l’interface avec les clients. J’avais quand même le stress de ne pas savoir si j’aurais assez de travail ou si j’étais assez compétent.

Hier et aujourd’hui j’ai participé au WordCamp de Montréal. En voici la description officielle:

WordCamp Montréal est un congrès axé sur tout ce qui se rapporte à WordPress. L’évènement réunira des développeurs, concepteurs et utilisateurs qui participeront à des discussions, des ateliers et des activités de réseautage liés à WordPress.

Ça a été une révélation pour moi. 

Premièrement il faut comprendre que WordPress est un logiciel puissant qui permet de construire des sites web. Environ 23% des sites dans le monde sont faits avec WordPress.

Wordpress est un logiciel gratuit. Il y a une énorme communauté de développeurs qui le supportent et qui y ajoutent des fonctionnalités. Peu importe le problème que quelqu’un rencontre, il y aura quelqu’un prêt à l’aider.

Il y a des WordCamp dans le monde entier. Ça ne coûte que 40$ pour assister à des conférences de qualité pendant deux jours, repas inclus, et on nous donne même un T-shirt!

Ce sont peut-être mes années de prisons qui me font ça mais ça me fait toujours bizarre de voir des groupes de gens agir de façon civilisée entre eux et même amicalement.

C’est drôle cette impression que j’avais d’avoir trouvé “mes gens”, la communauté à laquelle j’ai envie de faire partie. Des gens de tous les genres, tous les âges, des gens créatifs, des programmeurs, des originaux… Je ne sens pas qu’ils sont ma compétition mais seulement des “collègues” qui partagent mes passions. J’ai rencontré beaucoup de gens passionnés par ce qu’ils font: un blogue sur les interfaces avec les usagers, des poèmes en anglais, des photographies etc. Ils ne font pas ça pour l’argent ou la gloire, ils aiment ce qu’ils font. J’avais l’impression que si j’avais dit que je sortais de prison tout le monde s’en serait foutu ou aurait trouvé ça intéressant.

J’ai aussi vu le travail des autres. Comme on dit: “Quand on se compare on se console”. Il y avait des gens qui étaient beaucoup plus fort que moi techniquement mais d’autres qui l’étaient moins et qui gagnent bien leur vie. J’ai aussi appris beaucoup de choses intéressantes et ça m’aide à m’orienter au point de vue technologique.

Merci à tous ceux qui ont travaillé à cet événement extraordinaire!

 

Photo gracieuseté de Luca Sartoni