Dans les prisons il y a toujours de la contrebande. Il y a donc toujours des fouilles.

À Rivière-Des-Prairies il y avait des fouilles rapides environ une fois par semaine. Les gardiens font le tour rapidement et regardent s’il y a de l’alcool frelaté. Ça prend beaucoup d’espace comme des sacs de plastique ou des bouteilles d’eau. Ça dégage aussi une odeur de levure très prononcée. Ce genre de fouille prend environ 10 minutes.

Environ tous les deux mois il y avait une vraie fouille. On pouvait savoir un peu d’avance car les gardiens coupent l’eau quelques minutes avant. De cette façon les détenus ne peuvent rien “flusher”. Ça arrive normalement après un compte lorsque les portes des cellules sont toutes barrées. Les gardiens passent les cellules une à une. Un gardien entre dans la cellule et fait sortir tous les détenus sauf un. Il y a un autre gardien à l’extérieur qui surveille les détenus qui attendent. Le gardien qui est resté à l’intérieur demande au détenu qui y est de se déshabiller. Il faut montrer le dessous de nos testicules, sous nos pieds, l’intérieur de la bouche, sous la langue et se pencher, écarter les fesses et tousser. On doit se rhabiller avec les vêtements que le gardien a fouillés et sortir dans la cour extérieure. Les autres détenus de la cellule passent un à un comme ça.

Tout le monde se retrouve dehors et attend que les gardiens fouillent partout. C’est assez stressant car même si tu n’as pas de contrebande, ton coloc peut en avoir ou les gardiens peuvent s’amuser à briser ce que tu as. Je me souviens d’une fois où les gardiens avaient fait un gros tas au milieu de la cellule avec nos affaires mélangées. On ne savait plus quoi était à qui. C’est triste quand tu ne sais pas laquelle est ta brosse à dent ou ton anti-sudorifique etc. Le pire est la fois où les gardiens ont mélangé tous mes papiers légaux et vider du shampoing et savon liquide par-dessus. Ça m’a pris plusieurs semaines pour démêler tout ça.

Attendre dehors est aussi déplaisant car il y a des gens qui ne vivent pas bien le stress. Ça fini souvent en bagarre.

À la prison de comté américaine ça ressemblait au vidéo ci-haut.

C’est assez impressionnant. La première fois j’étais dans ma cellule et j’ai entendu crier, mais vraiment fort. Je suis sorti de ma cellule et j’ai vu des gardiens qui entraient en courant par la porte avant et la porte arrière. Beaucoup de gardiens. Ils criaient tous. Il fallait sortir de notre cellule et mettre les mains sur le mur. Il y avait un chien qui jappait. Un gardien qui criait de ne pas les regarder, de ne regarder que le mur devant nous. Les jambes écartées et les mains haut sur le mur. C’est très épeurant la première fois.

Les gardiens fouillent les cellules une à une et nous appelle lorsque c’est terminé. Les gardiens crient de ne pas regarder ou toucher le chien sinon il va nous mordre (Ben oui! Ton toutou va me mordre). J’arrive dans ma cellule et c’est la fouille à nu encore. La première fois j’ai été puni pour 24 heures (pendant 24 heures je ne sors pas de la cellule) parce que j’avais un sachet de moutarde que j’avais gardé (on n’avait pas le droit de ramener de la nourriture dans notre cellule à part celle qu’on achetait sur la cantine). Être en cellule 24 heures n’est pas si mal quand tu as de la lecture. Par contre c’est plutôt humiliant.

La deuxième fois j’ai été puni parce que j’avais enroulé un papier autour d’un petit crayon pour que ce soit plus facile à écrire (les crayons qu’on nous vendait étaient vraiment trop courts).

Par la suite j’ai décidé que je m’en foutais. Je voyais que ça ne se retrouvait pas dans mon “dossier”. Je ramenais des fruits, du pain etc. Les détenus ne mangeaient pas tout et j’avais vraiment faim car je marchais 30 km par jour dans la “cour” intérieure. Ça représentait environ 1000 tours (un tour était environ 30m). Presque à chaque fouille les gardiens trouvaient de la contrebande et me punissaient pour 24 heures.

Je me souviens d’une fois où j’avais les mains sur le mur et que quelqu’un a lancé quelque chose dans la cellule vis-à-vis où j’étais. Ce n’était pas ma cellule. Un gardien est venu la fouiller et a trouvé ce “quelque chose”, une genre de boulette. Le gardien a appelé le détenu qui vivait dans cette cellule et le pauvre gars s’est mis à crier que ce n’était pas à lui. Je n’étais plus au même endroit car à mesure qu’ils appellent des détenus pour les retourner dans leur cellule on se déplace pour toujours être collés ensemble. Comme ça on est plus facile à surveiller. Ils ont amené le pauvre gars dans le trou. Moi j’ai fermé ma gueule car ce n’est pas le moment de parler quand il y a tous ces gardiens qui crient. On m’aurait demandé de dire qui avait lancé cet objet et je me serais retrouvé dans le trou aussi car le manuel du détenu est clair: tu peux te retrouver dans le trou si tu caches quelque chose que tu sais.

Je n’aimais pas vraiment le gars qui était parti. Il était sale et il puait mais il n’était quand même pas un mauvais gars. Le lendemain, un autre détenu et moi sommes allés faire le ménage de sa cellule (les gardiens l’avaient vidée). C’était dégueulasse. Le gars marchait toute la journée dans sa cellule. C’était si petit que c’est vraiment comme tourner en rond. Il l’avait tellement fait que le mur du fond était maintenant orange comme ses vêtements de prison (une des raisons pourquoi il puait tant est qu’il portait ses trois ensembles un par-dessus l’autre et qu’il ne les envoyait jamais à la buanderie).

Lorsqu’un gardien plus cool est arrivé, je suis allé le voir pour lui expliquer ce que j’avais vu. Il m’a demandé si je savais qui avait lancé l’objet (il paraîtrait que c’était du tabac). Je lui ai répondu que j’ai fait comme on m’avait dit et que je regardais le mur devant moi. Il m’a regardé en souriant et une heure plus tard le gars est revenu. Je crois que les gardiens savaient que ce gars-là n’avait rien à voir là-dedans. Tout le monde savait que nous, les “fédéraux” (accusés d’un crime fédéral), on n’avait pas vraiment de contact avec l’extérieur. Les gars du comté (accusés au niveau d’état) sortaient dehors, allaient à la cuisine où ils rencontraient des “civils” etc. Il y en a même un qui est allé dans le trou parce qu’il portait une brassière qu’il avait volée à la buanderie.

Les détenues étaient supposées laver leurs sous-vêtements avec la laveuse de leur secteur mais quelques-unes envoyaient ça avec leur linge de prison. Par paresse ou pour exciter les gars? Un des détenus qui travaillait à la buanderie m’a expliqué qu’il pliait les vêtements d’une des détenues bien comme il faut car elle y mettait des sous-vêtements et il voulait qu’elle continue. Normalement les vêtements sont envoyés dans un sac en filet et ils ne les sortent pas, tout revient donc froissé.

Pour en revenir à ces fouilles, même si on sait qu’il ne se passera rien et que tous ces gens crient pour nous impressionner, ça reste très stressant. Tellement que même encore aujourd’hui si je suis dans un endroit où il y a de l’écho et que quelqu’un crie, j’ai immédiatement une poussée d’adrénaline et je regarde autour, tous les sens en alerte.