Dans la vie il faut faire attention à la façon dont on traite les autres, surtout en prison car le monde est petit et on peut rencontrer ces gens dans d’autres situations où il serait préférable qu’ils soient de notre côté.

À la prison de Rivière-des-Prairies j’étais représentant du secteur avec quelqu’un d’autre. J’étais donc amené à parler à tout le monde et à écouter les problèmes de tout le monde. J’ai essayé, dans la mesure du possible, d’être respectueux envers tous. Je suis comme ça. Je ne savais pas que ça pourrait m’être utile plus tard.

Lorsque j’ai fini par être sentencé aux États-Unis, on m’a amené à la prison North Eastern Ohio Correctionnal Center à Youngstown, Ohio. Là-bas j’ai rencontré un gars de Toronto qui m’a demandé si je connaissais Vikram et Sandu. Je lui ai dit que oui, ils étaient avec moi à Rivière-des-Prairies. Ils étaient dans un autre secteur de la même prison mais je suis parti avant d’avoir pu les voir.

On m’a ensuite transféré à la prison Moshannon Valley Correctionnal Center à Philipsburg, Pennsylvanie. Le premier matin au déjeuner, j’ai rencontré un pakistanais (je n’ai jamais été capable de prononcer son nom) qui était avec moi à RDP. Il était si content de me voir. Je l’avais beaucoup aidé à RDP car il ne parlait pas français et très peu anglais. Je remplissais tous ses formulaires pour lui. C’était si drôle de le voir en train de crier mon nom: “Daniel! Daniel! Daniel! Il m’a présenté à tous ses amis.

Quelques jours plus tard j’ai rencontré quelqu’un du Cameroun et je lui ai dit qu’il y avait quelqu’un du Cameroun à RDP avec moi. Il le connaissait! En fait il avait fini sa sentence à Moshannon Valley avant que j’arrive.

Plus tard dans la même année il est arrivé quelqu’un et il me semblait le connaître. Je lui ai demandé s’il avait déjà été à RDP. En effet, il avait été quelques jours dans mon secteur avant d’être libéré sous caution. Il se souvenait bien de moi: “Daniel! Daniel! Daniel!” Disons que, à RDP, je lui avais rendu un bon service. Il était en cellule avec un gars avec des bras gros comme mes cuisses. Le pauvre idiot avait décidé de manger tous les biscuits du monstre pendant la nuit. Je m’étais occupé du problème car ça aurait pu mal tourner.

Quelques mois plus tard est arrivé un gars dans mon secteur. Quand il a su que j’étais canadien, il était tout content. Il m’a dit qu’il avait été un an en cellule avec un canadien: “est-ce que tu le connais?” Comme si je connaissais tous les canadiens. Mais oui, c’était Gino, un bon gars qui avait eu quelques problèmes dans mon secteur mais pas avec moi.

C’est quelques fois difficile car on aurait envie d’envoyer chier les gens mais ça ne changerait rien et les fausses rumeurs vont vite en prison. Si j’étais arrivé quelque part où quelqu’un m’aurait détesté, il aurait pu répandre n’importe quelle saleté sur moi et j’aurais eu beaucoup de problèmes. Il y avait quelques fois des gens qui s’énervaient en prison à cause de conflit avec quelqu’un d’autre et je leur disais de patienter, que le temps arrange les choses et tout vient à point à qui sait attendre. Souvent un des deux était transféré ou libéré avant que ça éclate.

Lorsque je suis arrivé au Centre Régional de Réception il y a un gars qui nous a apporté des formulaires de cantine. C’était Charles qui était avec moi à RDP. Lui aussi était super content de me voir. C’était vraiment drôle, les autres gars qui avaient été transférés avec moi me regardaient drôlement comme si j’étais une genre de vedette. Charles avait aussi vu l’émission Enquête qui avait parlé de moi.

À la dernière prison où j’ai été, j’ai rencontré le meilleur gars que j’ai connu en prison. Un vietnamien qui était arrivé à RDP un peu après moi. C’est le dernier gars que je connaissais que j’ai rencontré. Ça s’explique facilement. Ça faisait six ans que j’étais en prison. Ce vietnamien a plaidé coupable à une accusation de meurtre et il est sorti quelques semaines plus tard. Il serait difficile de trouver quelqu’un d’autre qui avait fait de la prison avec moi à RDP qui serait encore en prison. À moins qu’il soit revenu pour autre chose.

C’est une autre chose qui est bizarre. Tout le monde que j’avais connu à RDP était probablement sorti de prison. On peut dire sans risque de beaucoup me tromper que j’ai eu des conditions carcérales plus difficiles. On me confirmait que je n’avais commis aucun crime et on me gardait encore.

Ça me rappelle une chose que j’ai expliquée à quelqu’un qui commençait sa sentence au Centre Fédéral de Formation. Je lui ai dit qu’il fallait qu’il lâche prise. On lui avait refusé ses visites conjugales pour une raison stupide mais il n’avait environ que six mois à faire. Je lui ai dit: “tu fais affaire avec le fédéral, si c’est logique et que ça a du sens, ça n’arrivera pas”. Lorsqu’on a compris ça, le temps est plus facile. C’est devenu une farce entre nous deux. À chaque fois que quelqu’un se plaignait de quelque chose, on partait à rire. On lui demandait si c’était logique ou si ça avait du sens.