Le printemps arrive et ça me rappelle la fin de mon premier été en prison.

J’étais à la prison de Rivière-des-Prairies et un jour de septembre une photo en première page du journal avait une légende qui annonçait la fin de l’été. Sur la photo on ne voyait que la partie inférieure d’une femme portant une robe soleil et des sandales. Voir des pieds féminins ne m’avaient jamais autant ému . J’ai compris à ce moment que j’avais raté un été et que j’en raterais sûrement d’autres.

Les jours chauds arrivent et ça veut dire que bientôt je vais voir des femmes se promener portant des robes soleil. Je ne sais pas pourquoi mais je trouve que toutes les femmes sont jolies lorsqu’elles portent cette robe. Qu’elles soient grandes, minces, petites ou voluptueuses elles sont toutes féminines. J’ai même écrit un poème, en prison, pour célébrer ce vêtement.

Est-ce le soleil qui annonce le printemps ou ce sont les montréalaises qui, trouvant que l’hiver s’éternise, décident de ressusciter la saison morte en se drapant de leurs plus beaux atours?

Est-ce le soleil qui nous réchauffe ou c’est l’accélération des battements de nos cœurs nécessitée par le besoin de drainer ces zones qu’on croyait endormies?

Bientôt ces papillons se déploieront sur la ville et empliront mon ventre.