Aujourd’hui c’est Pâques et j’ai reçu ma première visite depuis que j’habite dans cet appartement. Mon frère et sa blonde sont venus me rapporter des boîtes de documents que je leur avais envoyées avant de partir de la prison américaine.

C’est la raison pour cette mélancolie. J’ai commencé à faire le ménage de tout ça et plein de souvenirs reviennent.

J’écoute aussi de la musique et ce que j’écoute me touche particulièrement ce soir. J’ai peut-être mal choisi mes chansons?

Une des premières choses que j’ai vue est une lettre que Brigitte m’avait envoyée à la prison lorsque je venais d’être arrêté. Elle était encore amoureuse de moi à ce moment. Les choses ont bien changé . Elle ressemblait beaucoup à la dame sur la photo plus haut.

Il y avait aussi une réponse que j’ai reçue du consulat canadien à Buffalo. J’avais envoyé une lettre pour demander l’adresse de certaines organisations et, comme je n’avais toujours pas reçu de réponse après plus de six mois, j’avais écrit aux Affaires étrangères à Ottawa. Quelques semaines plus tard le consulat de Buffalo m’avait finalement répondu. J’avais demandé l’adresse de la Sûreté du Québec. La réponse :

Sûreté du Québec
Government of British Columbia
45 O’Connor St.
Ottawa, ON K1P 5P7

Depuis quand la Sûreté du Québec fait partie du Gouvernement de la Colombie Britannique et est située à Ottawa? Quand je lis des choses comme ça, je reviens au temps où je n’avais pas beaucoup d’aide et que j’essayais de me débrouiller par moi-même. C’était si épuisant. Je n’aime pas me rappeler ces choses mais, en même temps, il faut que continue à y travailler car j’ai encore des problèmes légaux à régler.

J’ai aussi trouvé mon “journal” (des centaines de pages où je résumais ce qui m’arrivait). J’ai ouvert une page au hasard et je suis tombé sur quelque chose que j’avais écrit après avoir parlé à mon avocat canadien avant mon extradition. J’étais en prison et mes deux seuls présumés co-conspirateurs venaient d’être acquittés. Mon avocat m’avait dit que le procureur fédéral l’avait appelé et lui avait dit que tout mon argent et mes biens seraient officiellement confisqués selon l’article 462.43 du code criminel. Je lui avais répondu que ça ne se pouvait pas car, pour confisquer des biens il faut que quelqu’un soit trouvé coupable d’un crime et que pour le moment personne ne l’avait été. Il s’était fâché et m’avait dit de me débrouiller seul. Je ne comprenais plus rien et j’ai vérifié dans le code criminel. L’article 462.43 disait que les biens devaient m’être rendus. C’était sûr car toutes les personnes accusées au Canada avaient été acquittées. N’étant accusé de rien au Canada, mes biens ne pouvaient pas être saisis.

Je n’ai finalement rien récupéré car Revenu Canada a saisi le tout suite à de fausses informations envoyées par la GRC.

C’est ma dernière semaine d’école. J’ai bien hâte de terminer. Je déteste ça, j’ai l’impression de perdre mon temps. J’ai aussi une entrevue à Québec pour un poste au gouvernement provincial. Je ne sais même pas si j’aurais le droit d’y travailler. Certains ministères sont pointilleux sur les histoires de “dossiers”. En plus mon agente m’a appris que même si j’obtiens l’emploi, il n’est pas sûr que la Commission des libérations conditionnelles me laisserait y travailler. Ça devient difficile de rester motivé.

J’ai aussi trouvé plein de coupures de magazines que j’avais conservées. Bien entendu j’ai presque tout jeté. Je n’ai plus le temps pour tout ça. Je suis déjà bombardé d’informations dans facebook, twitter et mes courriels. Par contre j’ai trouvé des extraits de citations que j’avais mises dans un cahier. Il y avait des niaiseries que des gars avaient dites comme Benoit à son agente : “Je veux que mes papiers soient en bonnet difforme”. Il y avait aussi des choses que je prenais dans des livres ou des magazines que je trouvais touchantes ou drôles. Comme :

The center of me followed her, but I was left with the shell of me, I needed to see her again, I couldn’t explain my need to myself, and that’s why it was such a beautiful need…
Jonathan Safran Foer, Extremely Loud & Incredibly Close

J’ai commencé à faire des petits contrats de sites Web et j’adore ça. Je retourne dans ma zone. Il n’y a personne pour me décevoir. Quand quelque chose ne fonctionne pas, c’est qu’il y a une raison. Je suis donc très patient. Je peux travailler des heures sur un problème et je reste zen car je sais que je trouverai pourquoi ça ne fonctionne pas. C’est triste mais l’informatique et moi avons une relation que je comprends. Il y a toujours une raison logique sur le pourquoi des choses.

Il y a quand même des gens dans ma vie sur qui je peux compter. Malheureusement ils ne peuvent m’aider avec mes problèmes légaux. Pour ça j’ai besoin du genre de personnes à qui j’ai de la difficulté à faire confiance. C’est triste de devoir confier sa vie à quelqu’un en se disant qu’on va probablement se faire décevoir mais qu’on n’a pas le choix. En sachant que ce sera à recommencer avec quelqu’un d’autre.

Espérons que ce ne sera pas la même chose avec ma vie amoureuse. En parlant de vie amoureuse, il faudrait que je m’y mette. Les femmes ne viendront pas me chercher dans mon appartement .