Les américains ont une expression qu’ils utilisent lorsqu’ils parlent des “amis” qui sont là lorsque tout va bien mais qui nous laissent tomber lorsque les chosent tournent mal. Ils les appellent les “fair weather friends”. Des amis qui ne sont là que lorsque la météo est belle.

Cette expression est très utilisée en prison. Les gens sont un peu naïfs lorsqu’ils arrivent, ils croient que leurs amis les aideront. Et pourquoi pas? Ces “amis” étaient là lorsque le champagne coulait à flot, que c’était toujours la fête, les voyages etc.

Ça ne fonctionne malheureusement pas comme ça. Par contre cette situation a l’avantage de nous faire découvrir qui sont nos vrais amis. Quelques personnes que j’ai rencontrées avaient des gens sur qui ils pouvaient compter qui faisaient plein de choses pour eux. Souvent ce n’est pas l’argent le problème mais plutôt qu’on a besoin de quelqu’un pour nous rendre des services, trouver des informations, renouveler notre permis de conduire, faire nos rapports d’impôts etc.

Moi j’ai vécu une situation qui a fait que je n’avais pas d’amis avant mon arrestation alors je ne peux pas dire que j’ai été déçu. On ne peut pas dire que le champagne coulait à flot non plus.

J’ai remarqué que les gens les plus généreux sont habituellement ceux qui ont le moins, ceux qui ne sont pas riches et qui quelques fois ont des difficultés financières. Quelqu’un sur le Bien-être social m’a déjà proposé de m’envoyer de l’argent et j’ai une nièce qui était serveuse qui m’en a envoyé (alors que je n’ai demandé d’argent à personne, sauf mon père) alors que d’autres personnes riches de ma famille n’ont rien fait pour moi.

Alors je vous le dis, si vous connaissez quelqu’un en prison, dites-vous que seulement 20$ c’est beaucoup. Juste de savoir que quelqu’un dehors a pensé à nous, c’est un cadeau. On le sait que c’est compliqué d’envoyer de l’argent (je parlerai du système américain dans un autre message). La vie d’aujourd’hui est vraiment trop rapide.

Je travaille à me faire de nouveaux amis mais ce n’est pas évident. Je l’ai dit à plusieurs reprises, je suis passé par 10 prisons. C’est le quatrième endroit où j’habite depuis mon arrivée au Canada et j’habiterai dans un cinquième avant que ça fasse deux ans que je sois ici. Après un temps on perd le réflexe de vouloir faire des contacts avec les gens. J’ai passé presque trois ans à Moshannon Valley Correctionnal Center. Au début je parlais avec tout le monde, j’étais content de voir des canadiens et des québécois. Leur sentence arrive à une fin et ils quittent. À un moment donné je suis devenu las d’investir dans une relation avec des gens qui finissent par s’en aller. Ça fait quelque chose à chaque fois. Alors habituellement quand il y avait des gens qui arrivaient et qui n’avaient que un ou deux mois à faire, les gens ne leur parlaient pas trop. Depuis que je suis au Canada je n’ai jamais été longtemps au même endroit et je sais que les gens que je rencontre n’auront pas le droit de me parler quand ils sortiront. Moi j’avais déjà vécu tout ça mais je trouvais spécial de voir ces gens arriver à la prison et se faire des amis alors qu’ils savent tous les deux qu’ils ne se reverront jamais.

Il faut savoir que souvent en prison il y a des couples qui se forment. Ce n’est rien de sexuel ou amoureux (quoique dans certains cas…). Ce n’est pas le cas de tout le monde mais on voit beaucoup de gens qui font leurs choses ensemble. Ils se font des repas ensemble et partagent leur nourriture. On le remarque quand on voit qu’un des gars se permet de prendre de la nourriture de l’autre sans lui demander. Ils font leur liste de cantine ensemble et ne compte pas si un a mangé plus que l’autre etc.

Moi je me faisais rarement à manger. Je disais que la prison me mettait quelque chose dans l’estomac gratuitement et que je préférais dépenser mon argent pour me mettre quelque chose dans la tête. J’achetais des livres et des magazines.

J’en suis donc à faire des efforts pour rencontrer des gens, me faire des amis. Et je n’ai pas l’intention de retourner en prison pour tester leur amitié .