“Little windows” (petites fenêtres) est le nom que je donnais aux photos en prison. C’étaient de petites fenêtres qui nous permettaient de voir dehors à travers les yeux des gens de l’extérieur. C’était comme si pour un moment, on faisait partie de la vie “normale”. On se dit que les gens ont peut-être pris ces photos en passant à nous, qu’on était dans leurs pensées et qu’il y avait donc, pendant un bref instant, une partie de nous à l’extérieur, avec eux.

Lorsque les gars recevaient des photos, on aimait les voir. Les gens nous racontaient l’histoire qui accompagnait les photos et ça nous intéressait. C’est bizarre cet intérêt qu’on a d’entendre parler de vie normale, de voir les fêtes des enfants, les maisons où les gens vivent etc. Je posais toujours plein de questions.

Aux États-Unis le “mail call” est très différent de ce qui se passe au Canada. Nous avons très peu de visite et téléphoner coûte cher (30 cents la minute alors qu’on gagnait 12 cents de l’heure) alors beaucoup de gens reçoivent des lettres. C’est un moment spécial. Bien entendu il y a des gens qui n’en reçoivent jamais. C’est triste. Je parle ici de gens qui sont dans les prisons privées fédérales car pour celles gérées par le gouvernement, c’est différent. Premièrement le téléphone n’y coûte que 6 cents la minute. Les gars peuvent travailler dans des programmes spéciaux où ils font beaucoup d’argent et, en plus, ils ont accès au courrier électronique! Lors de mon transfert j’ai été dans une prison comme ça pendant trois semaines et ça fait du bien de pouvoir envoyer des messages et recevoir des réponses le même jour.