J’ai commencé à écouter une nouvelle série américaine. Ça se passe dans une prison fédérale pour femme. Si vous lisez certains de mes autres articles, vous avez remarqué que lorsque je suis sorti, je n’aimais pas voir des scènes de prison à la télévision. Ça me remettait dans cette drôle d’impression de me sentir oppressé, surveillé.

Il semblerait que ça va mieux. Je vais en discuter prochainement.

Donc dans cette émission qui est plutôt comique (ils disent un “comedic drama”) on voit que la vie en prison est difficile mais à certains moments vraiment hilarante. Il faut avoir le sens de l’humour car il s’y passe des choses qu’on ne pourrait pas imaginer.

Ce qui est intéressant c’est qu’on voit tout ça avec les yeux d’une personne qui n’est pas habituée à ce milieu. Lorsque le personnage principal (la fille habillée en orange) arrive, il y a une fille, genre italienne avec un accent épais de Brooklyn, qui lui donne une brosse à dent et lui dit qu’il faut prendre soin “des nôtres” (our own). La nouvelle lui dit “les nôtres?” toute surprise. L’italienne lui a répondu “ne me donne pas cette merde de politiquement correct, ce n’est pas du racisme, c’est de la survie”.

C’est vraiment comme ça là-bas. J’ai été dans une prison où je n’avais pas le droit de m’asseoir où je voulais. Seulement avec les blancs. Je me suis fait appeler “n** lover” parce que j’avais un ami noir.

Il y a plein de petits détails qui sont identiques. Il ne faut surtout pas prendre de douche pieds nus car les gens y font toutes sortes de choses mais la prison ne fournit pas les sandales. Bien entendu, ça prend beaucoup de temps pour recevoir l’argent de notre famille et lorsqu’on l’a, il faut attendre une autre semaine pour recevoir sa commande. Les couvertures des lits sont identiques et tout le monde dort par-dessus. Ça me fait sourire quand je vois ça.

Il y a aussi plein de choses différentes. Les détenues ne sont pas empilées les unes par dessus les autres. Pour des questions de budget probablement, il n’y a pas beaucoup de prisonnières. Où j’étais nous étions 1500 et il y a des prisons plus grandes.

Il y a aussi quelque chose qui arrive à tout le monde. Le premier jour il faut assimiler beaucoup d’information et tout le monde veut aider en expliquant comment faire ceci ou cela et insiste pour que tu te dépêches de remplir des formulaires etc. C’est toujours trop et on oublie tout.

Tout le monde là-bas s’appelle par leur nom de famille. C’est la façon officielle de se faire appeler. Comme il y avait des gens de beaucoup de pays où j’étais, les gens s’appelaient par leur nom de pays. Les gars du Guatemala se font appeler “chapin”; Venezuala, “chamo”; Costa Rica, “tico” etc. Il y avait trop de gens du Mexique alors ils appelaient les gars par le nom du village d’où ils venaient. Quand j’étais à la prison de comté, on m’appelait “Canada” et à prison fédérale à la fin, les gens m’appelaient “white boy” parce que j’étais le seul blanc du dortoir.
Il y a eu quelque chose que j’ai aimé beaucoup au premier épisode. Il y a une professeur de yoga (une autre détenue, tous les professeurs étaient des détenus où j’étais) qui lui a parlé de “mandala”. C’est un genre d’oeuvre bouddhiste et elle dit que certains moines prennent des semaines à en faire des magnifiques avec du sable et lorsqu’ils on fini, ils l’effacent. Elle lui dit de prendre son expérience de prison comme un mandala.

Travaille fort pour en faire quelque chose le plus beau et le plus significatif possible et souviens-toi que ce n’est que temporaire. Tout n’est que temporaire. Survivre ici n’est qu’une question de perspective.

C’est tellement vrai et c’est ce que je dis aux gens. On finit par s’habituer à tout et la situation pourrait toujours être pire, il ne faut jamais l’oublier, même lorsqu’on est libre.

P.S. La fille complètement à droite jouait le rôle de Donna dans “That 70’s show”.