Je suis arrivé à Moshannon Valley Correctional Center le premier septembre 2009. C’est une prison fédérale privée située en Pennsylvanie. Le climat est plus chaud qu’au Québec mais pas beaucoup. C’est dans les montagnes et ça ressemble aux Appalaches du Québec. C’est beau mais on ne voit tout ça qu’au travers de deux clôtures. Une chose qui était bien est le fait qu’il y avait une dizaine de québécois francophones.

Peu de temps après mon arrivée j’ai appris par mon père que Revenu Canada s’apprêtait à vendre tout ce que je possédais. Ces gens ne me tenaient jamais au courant de ce qui se passait et prenaient des décisions dans mon dossier sans m’aviser.

Je me suis donc informé auprès de la Cour canadienne de l’impôt pour savoir ce que je pouvais faire. On m’a dit d’envoyer un avis d’appel et que la vente serait suspendue. Il fallait que je fasse vite car il y avait un délai à respecter. C’était très compliqué. Comme je n’avais pas accès à un télécopieur, il a fallu que j’envoie une lettre recommandée. L’endroit pour faire ça n’est ouvert qu’une fois par semaine à cette prison. Et cette semaine là il y a eu une urgence quelconque (ça peut être n’importe quoi comme un compte d’urgence car il ne trouve pas quelque’un etc.) et je n’ai donc pas pu y aller. J’ai réussi la semaine suivante mais la lettre ne part pas tout de suite, il faut aller faire signer notre “case manager” (gestionnaire de cas) pour qu’il autorise le transfert d’argent pour le paiement de l’envoi. Ce n’est pas fini. Les papiers doivent être envoyés à l’administration pour prendre l’argent du compte (si la seule personne qui y travaille n’est pas en vacances) et ensuite l’autorisation est donnée pour envoyer la lettre. Bien entendu ma lettre est partie trop tard. J’ai réussi à faire envoyer une télécopie par mon père pour demander l’appel et aussi faire une requête spéciale car mon délai était expirée.

Pendant toutes ces procédures stressantes les gars me disaient d’abandonner, que je ne gagnerais jamais. Je disais que j’abandonnerais quand il neigerait en enfer.

Le 15 octobre nous avons eu une tempête de neige qui a duré deux jours. J’étais en enfer et il neigeait. J’aurais peut-être dû comprendre?

Quelques jours plus tard j’ai appelé à la Cour canadienne de l’impôt pour savoir si tout était en règle. On m’a répondu que oui et que mon appel avait été accepté. Il faudrait s’occuper des procédures plus tard. Il y avait un petit problème: il aurait fallu que je fasse aussi appel à la Cour fédérale car Revenu Canada avait utilisé ce recours inhabituel pour me saisir. La vente aux enchères n’était donc pas annulée. Le lendemain tout ce que je possédais a été vendu pour une bouchée de pain.

Est-ce que je suis naïf de croire que ça vaut la peine que je continue à me battre ou il faudrait que j’abandonne?

Photo courtoisie angrydogdesigns sur deviantart