Je suis passé devant la Commission des libérations conditionnelles lundi. Je n’ai pas eu le temps d’en parler jusqu’à maintenant car je vais à l’école et au travers de mes cours, il a fallu que je déménage. On m’avait pourtant dit que je pourrais demander un délai pour me donner le temps d’arranger les choses. La dernière fois où on m’avait dit que je partirais, j’avais couru comme un fou pour trouver tout ce dont je pourrais avoir besoin mais en n’achetant rien car ce n’était pas sûr. Ça avait été retardé. Cette fois-ci, comme on m’avait dit que je pourrais avoir un délai, je m’étais plutôt concentré sur l’école car c’est plus difficile qu’à l’automne.

Les commissaires m’ont encore posé leurs questions ennuyantes du genre:

  • “Mais vous saviez que ce que vous faisiez était mal?”
  • “Qu’est-ce que votre temps en prison vous a appris?”
  • “Qu’est-ce que vous voulez faire de votre vie?”

Et c’est toujours fait d’une façon arrogante comme si j’étais un imbécile. Je crois qu’ils doivent agir de cette façon pour faire peur aux gars et les humilier encore un peu. Moi ça me fatiguait car je savais qu’ils me laisseraient partir. J’avais déjà demandé à rester en maison de transition plus longtemps mais on avait refusé. Le pire qui pouvait arriver est que je reste plus longtemps à la maison de transition, pas une mauvaise nouvelle pour moi. Après ces questions, ça se passait mieux.

J’ai fini par apprendre qu’il y avait eu une décision de la Cour Suprême à propos des gens qui n’avaient pas pu bénéficier du traitement expéditif de leur dossier même s’ils avaient eu leur sentence avant le changement de loi (en 2011). Il semblerait qu’ils pourraient maintenant en profiter. Ça inclut moi. J’aurais normalement dû être libéré peu de temps après mon arrivée au Canada mais les magouilles de Stephen Harper ont tout fait retarder (18 mois). Je trouve ironique quand on me demande par la suite si j’étais conscient que je faisais quelque chose de mal. Je suppose que garder les gens en prison illégalement c’est bien? C’est tout ce qu’on peut trouver à me dire, que j’ai fait quelque chose de mal (et ça on pourrait en parler longtemps). Ils savent que je n’ai enfreint aucune loi.

À la maison de transition on m’avait assuré que les commissaires pourraient me donner quelques jours pour me donner le temps de préparer mes choses. Mon agente de libération conditionnelle m’avait promis qu’elle m’aiderait à déménager car “ce ne serait pas correct de me laisser tomber comme ça”. Quelqu’un, grâce à ce blogue, m’avait offert de m’aider à déménager mais j’ai répondu que j’avais déjà de l’aide. Mardi après-midi, dès mon retour de l’école on m’a dit qu’il fallait que je vide la chambre que j’occupais. Bizarrement, mon agente n’était pas là. Comme au début on m’avait dit que je déménagerais dans un vrai appartement juste à côté, j’avais ramené plein de choses de Québec comme des chaudrons, des couvertures, des outils etc. Mais l’endroit où on m’a finalement envoyé, c’est un appartement que je partage avec 3 autres gars à environ 20 minutes de marche. Comme je devais amener toutes mes choses à pied, il fallait que j’en laisse là pour revenir les chercher plus tard. J’ai donc passé la soirée à descendre toutes mes choses à partir du troisième étage jusqu’au sous-sol.

Le premier soir j’ai réussi à faire deux voyages pour amener l’essentiel pour ma première nuit. J’ai quand même oublié de m’apporter une brosse à dent.

Mercredi après-midi j’ai refait deux autres voyages. C’est difficile car je remplis un sac à dos qui, une fois plein, pèse près de 50 livres et j’ai aussi un petit “diable” sur lequel je mets des boîtes. Je tire tout ça dans la gadoue et les petites pierres sur le trottoir. Lorsque j’y suis retourné dans la soirée mon agente était là et elle m’a aidé à faire un voyage avec sa voiture. J’ai donc pu ramener la table sur laquelle je travaille et ma chaise de bureau. Je suis ensuite allé faire une épicerie car je n’avais toujours pas mangé depuis mon déménagement. Lorsque je me suis assis hier à 22h00, j’étais fatigué.

Je n’ai pas encore fini de m’installer mais c’est mieux. J’ai beaucoup de retard à rattraper à l’école et j’ai encore des problèmes légaux. Tout ça m’inquiète un peu mais j’ai fini par comprendre que c’est ma nature. Je suis souvent inquiet alors que les choses tournent bien. Je crois quand même que je n’aurai pas que des A cette fois-ci.

Le nouvel endroit où je suis est bien. C’est sûr que je ne suis pas seul. Je partage deux salles de bain et une cuisine avec d’autres gars mais ils sont bien gentils. Le seul problème est qu’ils sont tous fumeurs. Alors ça ne sent pas très bon. Je dois laisser ma porte fermée et ma fenêtre ouverte en tout temps. Mon matelas est aussi imprégné de cette odeur et je suis sûr que c’est l’odeur que je dégage maintenant. C’est une maison pour anciens détenus plus âgés (je suis probablement le plus jeune) et ayant de longues sentences. Ce n’est donc pas comme si j’étais chez moi. Je ne peux inviter personne à coucher. Je ne peux pas parler à ces gars à l’extérieur de la maison car ils ont comme condition de ne pas fréquenter des gens ayant un dossier.

J’ai appris que je n’ai pas de couvre-feu. Même si je ne sors jamais tard, c’est bizarre la sensation que ça m’a fait, de seulement savoir que je peux, que je suis un peu plus près de la complète liberté. Je vais finir par y arriver. Ça ne va pas vite mais j’ai le temps. Ce n’est pas le temps le problème, c’est l’incertitude.

Photo courtoisie de pikkatze deviantart