Il est difficile lorsqu’on est en prison de ne pas devenir cynique. On fait affaire avec des policiers, des avocats, des gardiens et des politiciens. C’est difficile en particulier à propos de nos avocats. On a tout le système contre nous avec des moyens presque illimités et on doit faire confiance à quelqu’un pour nous aider. Avec le temps on s’aperçoit que la plupart des avocats ne valent guère mieux que les autres mais nous sommes obligés de mettre notre vie entre leurs mains en espérant à chaque fois qu’on ne se fera pas avoir. La dernière avocate que j’ai eue semblait bien gentille et devait m’aider à préparer ma comparution devant le comité des libérations conditionnelles. Elle ne s’est pas présentée à six de nos rendez-vous (elle n’a pas annulé, elle est juste pas venue). Elle devait envoyer mes représentations aux commissaires avant l’audience mais elle a négligé de le faire. Heureusement je l’avais fait moi-même car tout aurait été compliqué.

Pour ce qui est des politiciens, c’est à se demander s’ils se font débrancher le cerveau avant d’entrer en fonction. Lorsque j’ai écrit au ministre Blaney que la GRC refusait de répondre à certaines de mes questions avec preuves à l’appui, il m’a répondu personnellement que la GRC l’a avisé qu’ils m’ont déjà répondu. Mais oui, ils m’ont répondu qu’ils ne me donneraient pas de réponse. Lorsque j’écris au président de la Commission des plaintes du public que les gens qui n’ont rien à se reprocher dans mon dossier n’auront pas d’objection à ce que je rende leurs actions publiques, il me répond que je fais des menaces de publier des informations “embarrassantes”. Je n’avais pourtant pas utilisé ce mot. S’ils trouvent qu’ils agissent de façon embarrassante, qu’ils se mettent à agir d’une façon qui ne l’est pas. Je ne comprends vraiment pas leur façon de penser.

C’est ce que j’ai trouvé le plus difficile lorsque j’étais en prison aux États-Unis. J’avais très peu d’aide avec mes problèmes mais quand j’essayais de me débrouiller par moi-même, c’était difficile. Si j’écrivais au service de référence du Barreau pour obtenir des noms d’avocats, on me répondait de regarder sur leur site Internet! Je ne raconterai pas tous les problèmes que j’ai eus avec le Fonds de la FTQ. Ça devient lassant d’écrire des lettres pour essayer de résoudre des problèmes et de se faire répondre (quand on a une réponse) un mois plus tard quelque chose de tellement stupide que ça nous fait douter de notre santé mentale. J’ai reçu des lettres me disant que si je ne tondais pas mon gazon, je m’exposais à une amende de 100$ par jour. Un “gendarme” m’a écrit pour me dire que j’étais responsable de la sécurité de ma maison (qu’ils avaient saisie) et que je devais garder l’entrée toujours dégagée en hiver. Il m’écrivait ça à mon adresse à la prison américaine! J’en étais rendu à me dire que ça ne se pouvait pas que tout le monde soit devenu fou en même temps, ça devait être moi le problème.

On a donc tendance à devenir cynique. On se dit que le monde est géré par une bande d’imbéciles et qu’on ne peut pas faire grand chose pour changer ça. C’est très déprimant de penser que c’est un monde où il n’y a que les apparences qui comptent, que les gens n’ont pas de cœur. Qu’ils ne sont là que pour justifier leur incompétence et celle des autres.

C’est sûr que la plupart des gens qu’on rencontre en prison ne sont pas des modèles mais c’est la raison pour laquelle ils sont en prison. On s’attend à un plus haut standard de la part de ceux qui nous y mettent.

La majorité des gens en prison ont conscience d’avoir commis un crime, qu’ils méritent d’être en prison mais ils ne méritent pas nécessairement de se faire voler et mentir par leur avocat, de se faire traiter comme de la merde par certains gardiens, se faire battre par des policiers etc. Et, ensuite, d’avoir à vivre avec le jugement des autres pour le reste de leur vie.

Je raconte ces choses un peu déprimantes pour expliquer qu’il y a quelque chose qui a fait une différence et qui m’a donné confiance dans la société. À la prison de Rivières-des-Prairies j’ai suivi un cours offert par quelqu’un d’extraordinaire. Elle parlait de projets sur lesquels elle travaillait qui faisaient vraiment une différence. Le cours s’appelait Art, Culture et Société. Chaque semaine on avait l’occasion de s’évader de cet univers déprimant et découvrir de belles choses.

Alors pendant tout le temps que j’ai fait par la suite en prison (un autre 5 ans) j’essayais de me souvenir que la vie, ce n’était pas que les gens avec qui je faisais présentement affaire. Il y avait tout un autre monde qui avait de la compassion envers les autres et qui travaillait à faire une différence. Des gens qui me donnaient le goût de devenir meilleur et de faire ma part moi aussi en ne me décourageant pas, en travaillant fort sur moi-même pour ne pas que cette opportunité que j’avais de faire une meilleure personne de moi-même soit gaspillée.

J’en profite donc pour lui dire merci, merci beaucoup. J’espère qu’elle a conscience qu’elle a aidé beaucoup de gens. Ce n’est pas tout le monde qui est capable de trouver les mots pour l’exprimer et je dois dire qu’il m’est aussi difficile d’expliquer à quel point je suis heureux d’avoir pu bénéficier de son enthousiasme et sa joie de vivre.

Je ne dis pas son nom ici mais elle a co-fondé un organisme qui s’appelle Exeko. Ça semble vraiment être une organisation formidable. Je vous invite à aller consulter leur site.

AJOUT: Il faut aussi dire que j’imagine que ça doit être difficile pour les agentes de libération conditionnelle (ALC). Elles voient certains détenus revenir alors qu’ils racontaient une si belle histoire. Elles se font dire tellement de mensonges que ça doit devenir difficile de faire confiance à “leurs gars” par la suite. Je suis sûr qu’elles commencent ce métier avec la meilleure des intentions mais il doit être difficile de ne pas devenir désabusée (j’utilise le féminin car la majorité sont des femmes).

C’est pourquoi j’admire tant le travail des gens qui travaillent à rendre la société meilleure comme Exeko. Il faut intervenir auprès de beaucoup de gens pour faire une différence avec seulement quelques-uns d’entre eux.