Happy Birthday

Joe Dassin

Aujourd’hui c’est ma fête. Ça fait maintenant 4 ans que je suis en prison. Je n’ai pas vu mes enfants depuis tout ce temps.

Il est 23h59 et je me dirige vers mon lit dans le dortoir B-2. Il y a une chanson qui commence à jouer sur le lecteur MP3 que je suis en train d’écouter.

Happy Birthday
C’est pas parce qu’on est seul
Qu’on n’a pas le droit de danser
De boire du champagne
À sa propre santé

Je n’en reviens pas de la coïncidence. Je ne crois pas aux signes et à ce genre de choses. Je crois au hasard. Cela me rappelle une très bonne amie qui me disait : “Il n’y a pas de hasard, que des rendez-vous.”

Entendre cette chanson me touche quand même beaucoup. Je n’ai reçu de nouvelles de personne. Je sais que pour les gens à l’extérieur, c’est difficile de penser à quelque chose longtemps à l’avance comme ça. Ils y pensent probablement aujourd’hui mais il est trop tard pour envoyer une lettre et ils ne peuvent pas m’appeler ici.

Cela me rappelle quand même la dernière fois où j’ai essayé de célébrer ma fête avec ma famille.

Lorsque nous avons été arrêtés, mon ex-femme et mon employé avaient eu comme condition qu’ils ne devaient pas communiquer (même indirectement) ensemble ou avec moi s’ils voulaient être libérés. Lorsqu’ils sont sortis, ils ont demandé la permission de se voir car ils étaient ensemble. Le juge leur a accordé.

Pendant ce temps j’étais en prison à Montréal et je ne pouvais pas parler à mon ex pour savoir comment ça se passait avec les enfants. Je pouvais leur parler à eux mais ils ne pouvaient pas me parler d’elle. Je ne savais donc pas comment elle se débrouillait financièrement etc.

Lorsque j’ai eu mon audition pour demander une libération sous caution, la couronne a aussi demandé à ce que je ne puisse pas communiquer avec ces gens mais le juge a refusé. Je pouvais communiquer avec qui je voulais. Mon ex-femme a alors fait la demande à son juge pour qu’il enlève cette condition pour elle. Il a accepté. On pouvait enfin se parler.

Quelques mois plus tard mon ex m’a invité pour célébrer mon anniversaire chez elle avec les enfants. J’étais content car je n’avais plus de contacts avec qui que ce soit. J’étais toujours seul à la maison et ne voyais personne. Je m’ennuyais beaucoup de mes enfants.

On célébrait donc ma fête et j’étais heureux lorsque l’ex-employé (l’amoureux de mon ex) est arrivé. On m’a demandé de partir alors que je n’avais même pas fini mon repas car cet individu avait toujours comme condition de ne pas communiquer avec moi. Il avait bien choisi son moment pour décider de faire une visite.

Je suis donc dans mon lit dans ce dortoir où je n’ai aucune intimité et c’est le seul souvenir d’anniversaire qui me vient à l’esprit.

De tout illuminer
Et de se répéter
La vie, la vie est belle

Oui la vie est belle. Aujourd’hui j’ai quelques amis qui se sont souvenus que c’était ma fête et qui me l’ont souhaité. En fait c’est pour ça que maintenant je pleure. Je suis content d’avoir de bonnes personnes dans ma vie. Des personnes qui sont gentilles avec moi même s’ils n’ont pas besoin de moi. Ou peut-être que je pleure parce qu’il a fallu que je sois en prison pour rencontrer des gens qui se soucient de moi même si je leur suis complètement inutile.

C’est la première fois que je pleure vraiment depuis des années. Je me demandais si mon cœur était devenu sec.

Oui, la vie est belle. Il faut que j’arrête de vivre dans le passé. C’est difficile à faire à partir d’ici où nous n’avons pas de présent ni de futur. Je suis quand même sûr qu’un jour j’aurai un présent qui sera plus beau que celui-ci.

Je n’ai aucune idée de ce que ce sera, mais ce sera facilement mieux qu’ici.

J’ai fini par avoir des lettres pour ma fête. Elles étaient en retard mais c’était bien apprécié. Il y a des gens gentils dans ma vie. Il faut juste leur donner une chance.