J’ai déjà écrit que j’ai appris en prison que tout est une question de perspective. Souvent on croit que ce qu’on vit est difficile, on ne pense qu’à se plaindre et à espérer mieux. Par contre, lorsque tout devient catastrophique, on serait bien content de revenir à la situation où on était avant. Mais même là il faut être heureux avec ce qu’on a, car peu importe dans quelle merde on est, tout peut devenir encore pire.

Et là je ne parle pas que de prison. Ça s’applique à notre vie de tous les jours.

Je vous ai mis un petit extrait vidéo de l’arrivée en prison de Chapman. Elle est chanceuse car elle n’a jamais fait de prison, n’a jamais eu de menottes et elle est dans un « camp », les prisons les plus faciles aux États-Unis. C’est pourquoi il y a une détenue qui conduit un véhicule. C’est basé sur une histoire vraie, cette prison existe vraiment.

Le TB test est le test de tuberculose. Ils injectent un peu de liquide juste sous la peau. Si ça n’enfle pas, tu es OK. Sinon tu dois passer des radiographies car il parait que ça veut dire que tu as été en contact avec la tuberculose. Aux États-Unis on a ce test une fois par année plus à toutes les fois qu’on arrive dans une nouvelle prison. J’en ai eu je ne sais plus combien. Dans les prisons provinciales au Québec on ne reçoit pas ce test. C’est assez inquiétant car j’ai vu des gars qui étaient dans la même cellule se faire transférer en urgence à l’infirmerie sans qu’on nous dise pourquoi. Il y a des gars qui sont allés « voler » leurs oreillers. Ils y ont mis d’autres détenus et un peu plus tard ils ont aussi transféré ces gars-là et ils sont venus nettoyer la cellule. On n’a jamais su ce qui s’était passé. Ceux qui avaient pris les oreillers étaient inquiets. C’est la prison, on ne sait jamais ce qui se passe. À la prison fédérale on passe le test à l’arrivée au Centre régional de réception. Bien entendu j’ai testé positif, je n’ai pas la tuberculose mais on m’a dit qu’avec tous ces transferts de prison avec des contacts de gens du monde entier j’ai sûrement été en contact avec quelqu’un ayant la tuberculose et que j’ai un risque plus grand de développer la maladie.

Dans l’extrait on voit aussi que la fille qui la reçoit lui donne une brosse à dent car elle fait partie des « nôtres ». « C’est tribal, pas raciste ». J’ai vu cette émission il y a plusieurs mois. Ça m’a fait drôle de voir le compte. C’est exactement comme ça que ça se passe. Quand j’ai entendu le « recount » tout m’est revenu. Comme c’est bizarre. Je l’ai encore écouté tantôt et ça me le fait encore.

L’histoire de comment faire son lit est vraie aussi. Il y a une façon compliquée de le faire et c’est plus simple de dormir par-dessus les couvertures. Et le papier de toilette! Ils n’en donnent que deux par semaine. Quand tu dois te moucher et nettoyer la toilette avant et après t’en être servi, ça va vite. Tu peux toujours en acheter à 50 sous du rouleau. Quand tu ne gagnes que 2 dollars par mois, ça va vite.

Je vous avais aussi déjà parlé de « race ». Dans les prisons américaines c’est très présent. Plus le niveau de sécurité augmente, plus c’est important. Lorsque j’ai eu mon transfert vers le Canada nous étions onze canadiens qui avaient fait du temps dans des « low security » pour non américains seulement. C’est sûr que la question de race était présente mais on pouvait parler ou s’asseoir avec qui on voulait. Et nous, les canadiens, on n’est pas trop habitués à ce genre de comportement basé sur la race des gens. Lorsque nous sommes tous arrivés à la prison juste avant la frontière c’était différent. C’était un « medium ». On s’est fait avertir que s’il y avait une bagarre générale entre les blancs et une autre race il fallait participer. Si on ne faisait rien, il fallait demander d’aller dans le SHU (Solitary Housing Unit, le trou) pour notre sécurité car les blancs s’occuperaient de nous après. On ne pouvait s’asseoir que dans la section des blancs à la cafétéria. Il y avait un latino (de Montréal) et un chinois (de Toronto) avec nous et ils ont dû se trouver de la place ailleurs.

Pour vous expliquer cette notion de perspective, je vous ai mis un autre extrait. Chapman est allée au SHU pour s’être battue. Elle a été ensuite transférée de prison en prison sans qu’on lui dise où elle allait. Elle croyait avoir tué la personne avec qui elle s’était battue (c’était toute une raclée) et qu’on l’accuserait de meurtre. On ne lui disait rien. Elle n’a su où elle était que lorsqu’elle est arrivée et qu’on lui a demandé de témoigner contre quelqu’un.

On la voit donc dans ce second extrait lorsqu’elle revient et qu’ils la remettent dans la même cellule que la première fois. Elle dit à une des femmes qu’elle ne croyait jamais être si heureuse d’être revenue à cet endroit. Tout est une question de perspective.  Après avoir subi la « diesel therapy », on peut apprécier l’endroit où on était. Tous les petits détails de la vie ordinaire nous semblent soudain insignifiants.

J’ai déjà été dans une cellule pour six et elle faisait la moitié de celle-là. Comme c’était un medium, la toilette était dans la cellule. C’est très embarrassant d’aller aux toilettes devant cinq autres gars.

On y voit des petites armoires. On n’avait pas plus d’espace que ça pour toutes nos possessions. Ça nous apprend la simplicité volontaire. Quand je vois aujourd’hui des maisons énormes, ça me mélange un peu. Je ne comprends plus comment quelqu’un peut avoir besoin de tout ça et je me demande comment ça doit rendre la vie compliquée d’avoir à penser à toutes les responsabilités que ça implique. Ces gens-là ne doivent pas être plus libre que moi je l’étais en prison. Ça prend des verres spéciaux pour la bière, le vin, le champagne, les apéritifs, la margarita, le lait???? Et de la place pour mettre tout ça bien entendu. Le pire est que ces gens ne s’en rendent pas compte et se demandent qu’est-ce qui leur manque, qu’est-ce qu’ils ont besoin d’acheter encore. Allo! Peut-être que ce que tu cherches, ça ne s’achète pas avec de l’argent?

Quelques fois je reçois des nouvelles où on me fait miroiter que je pourrais peut-être récupérer des montants d’argent et ça me fait un peu peur car je ne sais pas ce que j’en ferais. J’ai reçu une lettre de Revenu Québec aujourd’hui où ils me disent qu’ils me doivent de l’argent (encore) pour quelque chose (je ne comprends pas tout ce que ces gens m’écrivent) mais ce n’est pas clair si je recevrai cet argent ou s’ils le garderont pour payer d’autres dettes qu’ils imaginent que j’ai. Mais ça me désempare de penser à ce que je ferais d’un si gros montant d’argent et déjà la peur de le perdre me gagne (Revenu Canada peut décider de saisir tout ce que j’ai à tout moment).

On voit aussi encore la question de race qui revient. Ce qui se passe est quelque chose que j’ai aussi remarquée. Tout le monde aime les asiatiques. Ceux que j’ai connus pouvaient se permettre de dire n’importe quelle niaiserie qu’un blanc, noir ou latino n’aurait pas pu dire sans risquer des problèmes.