J’ai vu un article dans le journal 24h ce matin à propos de la qualité des soins dans les prisons fédérales. La situation n’est pas très reluisante.

Je peux raconter ce que moi j’ai vécu dans le système fédéral depuis mon arrivée au Canada.

Dès l’arrivée de n’importe qui dans le système fédéral il y a une rencontre avec une infirmière pour discuter de ses éventuels problèmes de santé. On nous fait ensuite passer un test de dépistage de tuberculose. Ça ne m’inquiétait pas tellement car aux États-Unis, c’est fait obligatoirement à chaque année et chaque fois qu’on arrive à une nouvelle prison (j’ai passé ce test 7-8 fois).

On nous injecte un peu de liquide sous la peau. Ce n’est pas douloureux du tout. Deux jours plus tard on nous rencontre pour voir si on a eu une réaction. J’avais une petite bosse mais rien à côté de ce que j’avais déjà eu aux États-Unis. Au Canada on m’a dit que c’était une réaction positive au test et que je devais avoir des radiographies.

Bien entendu après deux mois je n’avais toujours pas eu de nouvelles. J’avais peur que le jour où on déciderait enfin de me transférer (j’étais encore à la réception où c’est vraiment l’enfer) on s’apercevrait que j’aurais dû avoir ces radiographies et que je ne pourrais pas partir. J’avais vu des gars qui étaient rendus dans le fourgon pour le transfert et on s’apercevait soudain qu’il manquait quelque chose et le gars était obligé de revenir. J’ai fait des requêtes et on a fini par le faire. Ils avaient « perdu » mon dossier. C’est arrivé à plein de gens.

J’ai finalement été transféré au Centre Fédéral de Formation. Là aussi on rencontre une infirmière. On nous repose encore toutes les questions sur notre passé médical etc. À cet endroit on nous donne nos médicaments pour un mois (sauf les antidépresseurs etc. ce n’était pas mon cas).

Lorsque j’ai rencontré mon agente de libération conditionnelle (ALC) j’ai demandé pour rencontrer une psychologue. Je n’avais pas vu mes enfants depuis six ans et je n’avais pas eu tellement de leurs nouvelles non plus. Je me demandais ce qu’il était préférable de faire. Mes premières années aux États-Unis, je leur écrivais fréquemment mais ça me rendait malade de ne pas avoir de réponse. Quand j’appelais j’étais plus déprimé après leur avoir parlé qu’avant car ce n’était que « oui » ou « non » et rien de plus. J’ai passé tellement de nuits sans dormir à me demander ce que je devrais faire. J’ai finalement décidé de lâcher prise car j’étais en train de faire une dépression. Ma vie ce n’était plus ce qui se passait à l’extérieur, ma vie c’était la prison maintenant. Il fallait que je les oublie pour l’instant, que j’oublie qu’on m’avait oublié.

Mais depuis mon retour au Canada je me demandais si je devais mettre un peu plus de pression pour qu’ils viennent me voir. Je ne voulais pas qu’ils se sentent obligés de venir mais en même temps je voulais qu’ils sachent que j’aurais aimé ça.

Mon ALC m’a dit que depuis les coupures de Harper la psychologue ne rencontrait que les cas « urgents ». Mon cas était loin d’être urgent.

Pendant ce temps-là ça se passait très mal avec mon ALC. Les conditions carcérales étaient bien mais cette femme était en train de me rendre fou. Si j’avais tant hâte de sortir ce n’était pas pour être libre, c’était pour m’éloigner d’elle. ……… Il a fallu que je prenne une pause, quand je parle d’elle, j’ai peur de m’emporter et d’écrire quelque chose de regrettable. Je sais que les gens du Service correctionnel me lisent.

J’avais encore des problèmes de sommeil et cela n’allait pas bien. Elle me disait tellement de choses contradictoires que je ne savais plus ce qu’elle voulait de moi. Elle a écrit sa recommandation pour ma liberté conditionnelle. Elle recommandait que je reste encore en prison. Elle avait modifié mon chef d’accusation, ajouté des informations qu’elle avait prises je ne sais où (des voyages, des maisons, une maladie imaginaire…) et a écrit que j’avais un problème d’attitude car je voulais toujours rétablir les faits. C’est le genre de choses tordues qu’elle faisait : écrire des niaiseries et si je lui disais qu’elle s’était trompée, j’avais un problème « d’attitude ». Il est impossible de gagner un argument avec ce genre d’imbécile.

Je suis allé à la clinique pour rencontrer un médecin parce que je croyais être déprimé. On m’a mis sur la liste « d’attente ».

J’ai aussi envoyé une requête pour rencontrer la dentiste car j’avais mal aux dents. On m’a mis sur la liste « d’attente ».

Environ un mois avant mon audience devant la Commission des libérations conditionnelles, je me suis détendu. Je n’avais plus à voir mon agente et le pire qui pouvait arriver est que la Commission refuse que je sorte et il ne me resterait ensuite pas assez de temps pour repasser une autre fois. Alors je n’aurais plus à essayer de comprendre ce que cette personne voulait de moi. Je pourrais l’envoyer promener comme je veux.

C’est bizarre car un jour on m’a appelé chez la psychologue. Elle m’a dit que mon ALC avait demandé pour qu’elle me rencontre et elle voulait savoir pourquoi j’avais demandé à la voir. Je lui ai expliqué que c’était pour discuter de mes enfants mais qu’il était un peu tard pour ça. Ça faisait presque un an que j’étais au Canada et je n’avais pas eu de visite et il me restait moins d’un mois pour passer devant la Commission. Elle m’a demandé quel crime j’avais commis etc. D’autres détenus m’avaient déjà averti que les conversations qu’on a avec la psychologue ne sont pas secrètes et que tout est ensuite répété à l’ALC. Moi ça ne m’inquiétait pas car je n’avais rien à cacher mais je voyais que cette psychologue voulait savoir des choses qui n’avaient rien à voir avec ma raison d’être là. Je lui ai expliqué ce qui m’avait amené en prison. Elle ne m’a pas cru. Elle a dit que si mes enfants ne me parlaient plus c’est sûrement parce que j’avais fait quelque chose de pire que ça. Elle m’a dit que je ne sortirais pas de prison et que je ne verrais plus jamais mes enfants. J’ai compris qu’elle avait parlé avec mon ALC. Elle essayait probablement d’obtenir de nouvelles informations à « ajouter » à mon dossier.

Je trouve quand même triste que la personne même qui me causait toute cette détresse psychologique soit la personne qui avait le pouvoir de décider si je pouvais avoir de l’aide ou non.

Ça s’est bien passé devant les commissaires et mon ALC s’est fait remettre à sa place. Elle avait écrit que j’avais profité d’une loi « nébuleuse ». Ça les commissaires n’ont pas aimé du tout. Ils lui ont dit que des lois nébuleuses ça n’existe pas. C’est légal ou ça ne l’est pas et que dans mon cas, c’était légal. J’ai fini par sortir.

dentiste prisonJe n’avais pas rencontré le médecin pour ma « dépression » mais c’était réglé de toute façon. Pour ce qui est de la dentiste on m’avait dit que lorsqu’on était en maison de transition, les soins dentaires étaient gratuits.

Lorsque je suis arrivé à la maison de transition j’ai demandé à voir un dentiste parce que j’avais encore mal aux dents. On m’a dit que, comme j’étais déjà sur une liste d’attente au CFF, on m’appellerait quand ce serait à mon tour car j’irais me faire soigner là-bas. C’était en juin et mon nom était sur la liste d’attente déjà depuis plusieurs mois.

En septembre j’ai commencé l’université et les étudiants ont un plan dentaire. J’en ai donc profité pour me faire soigner. J’ai enfin eu un nettoyage, mon premier en six ans. J’ai aussi eu d’autres traitements. J’ai fini par atteindre le maximum alloué par mon assurance et j’ai payé environ 300$ de ma poche. Malheureusement j’avais toujours mal et ma dentiste m’a dit que j’aurais besoin d’un traitement de canal. Je n’avais plus d’argent pour ça. Je suis retourné voir mon agente (j’avais changé) pour demander ce qui se passait avec la dentiste du CFF car ça faisait environ huit mois que j’avais fait la demande pour la rencontrer. Un mois plus tard on m’a dit qu’il n’y avait plus de dentiste au CFF.

Alors je fais attention de ne pas mettre quelque chose de froid dans ma bouche. Je rince ma brosse à dents à l’eau tiède avant de me brosser les dents. Peut-être vais-je me trouver un emploi bientôt qui me permettra de me faire soigner adéquatement?

Vive Harper! Et bienvenue au Canada!