Aussi étrange que cela puisse paraître, il y a beaucoup de sites Internet où les prisonniers peuvent s’inscrire pour trouver des gens qui correspondront avec eux.

Je n’ai pas honte (quand même gêné un peu) de l’avouer, je me suis inscrit à quelques-uns d’entre eux. C’était ma spécialité en prison de savoir où m’adresser pour trouver ce genre de choses. Ces sites coûtaient environ 40$ par année et publiaient notre photo accompagnée d’un texte qu’on envoyait. Comme on n’avait pas l’Internet, il fallait correspondre par courrier ordinaire (snail mail, courrier escargot). Il y a eu quelques personnes qui m’ont écrit. Des illuminé(e)s qui me parlaient de Jésus, des hommes qui me proposaient de drôles de choses et des femmes qui me semblaient normales d’après ce que je pouvais lire. J’ai communiqué surtout avec trois d’entre elles. Il n’y en a qu’une avec qui cela a duré. Je pourrai raconter cette histoire plus tard. Il y a même eu une femme de l’île Maurice qui m’a envoyé une belle carte.

Il y a vraiment beaucoup de ces sites. En voici quelques uns:
www.meet-an-inmate.comwww.writeaprisoner.com (recommandé par moi), www.inmate.comwww.prisonpenpals.net et plein d’autres. Un est moins subtil et annonce à quoi il sert : loveaprisoner.com. La plupart de ces sites permettent aux gens d’autres pays de s’inscrire. J’ai reçu des lettres d’une canadienne (près de Toronto) aux États-Unis, elle aurait aussi bien pu écrire à un prisonnier au Canada.

Il y a tellement de gens en prison aux États-Unis qu’il y a toute une industrie de services pour prisonniers. Des gens qui vont gérer ton compte de banque ou ton compte facebook, des magazines spécialisés pour prisonniers (Prison Legal News, Feds…), des services d’abonnement pour des magazines (www.inmatemagazineservice.com qui offre de s’abonner à 5 magazines pour 20$, 5 abonnements annuel! entre 50 – 60 magazines par année pour 20$). Il y avait une navette qui partait de New York City toutes les fins de semaine pour les visites (on était en Pennsylvanie). Des compagnies de téléphone fournissent des numéros locaux à des gens pour que les détenus ne paient pas d’interurbains (c’est tellement d’argent que ces compagnies ont poursuivi le gouvernement américain pour pouvoir offrir ce service).

Ce que je trouvais fascinant est que les femmes qui m’écrivaient donnaient leur adresse personnelle. La plupart des femmes sur les sites de rencontres sur Internet ne veulent même pas donner leur adresse de courriel et voilà ces femmes qui donnent l’adresse de leur domicile à des criminels. Pas très prudent. Il y a eu des prisons qui filtraient ces lettres car il y a eu des problèmes avec certains prisonniers qui faisaient du chantage à des femmes. Il y aura toujours des gens qui feront que personne ne pourra profiter d’un service très apprécié par ceux qui l’utilisent honnêtement.

Comme vous avez pu le remarquer, j’aime écrire et j’aime aussi être lu. C’est la raison pour laquelle je m’étais inscrit à ce genre de service. Je passais des journées complètes à mon lit à écrire de longues lettres. Quand je suis inspiré je peux écrire des pages et des pages. Je suis dans ma « zone » et j’oublie tout, surtout que je suis en prison. Je relis ce que j’ai écrit et je suis quelques fois surpris.

Ça arrive surtout quand j’ai une muse, ce qui n’est pas le cas depuis longtemps. Ce n’est qu’une question de temps.

P.S. J’ai mis une photo d’un couple car il est possible de se marier dans les prisons de comté. Pas les prisons fédérales et je ne sais pas pour les prisons d’état. Ça dépend probablement des états. Je parlerai une autre fois des différences entre ces prisons.

P.P.S. Il y a des gens qui diront : « Pourquoi se marier, tu y es déjà en prison? » C’est vrai que pour certains, le mariage c’est la prison mais au moins lorsque tu es en prison tu n’as pas à vivre avec ton conjoint 😉 .