Lorsque ma femme et moi nous sommes séparés (après 20 ans ensemble) j’ai rencontré Brigitte. C’était une femme avec qui j’étais allé au secondaire et, 20 ans plus tard, un hasard incroyable me la faisait rencontrer à nouveau.

Je ne peux pas dire que ça a été un coup de foudre. Ça a été plus que ça, c’était le BIG BANG, quand on se voyait l’univers s’écroulait et il n’y avait plus que nous. C’était complètement fou et pas sain.

Brigitte m’a fait le cadeau de savoir ce que c’est de se faire désirer d’une passion dévorante. Ça faisait du bien à l’ego .

J’aimais beaucoup Brigitte, c’était une femme avec beaucoup d’assurance qui était capable de rire de ses défauts et qui connaissait ses points forts. C’est très sexy une femme sûre d’elle qui peut se promener nue après la douche.

Nous vivions tous les deux une séparation et ça rendait les choses compliquées. J’ai ensuite été arrêté et, après 80 jours, libéré sous caution. Elle habitait loin de chez moi et on se voyait de moins en moins. C’est un de mes défauts, je ne me montre pas vulnérable. Les gens pensent que je n’ai pas besoin d’aide et je n’en demande pas. Jamais je n’aurais dit à Brigitte que je ne voulais pas qu’elle me quitte, je ne voulais pas lui mettre ce genre de pression. Je comprenais que la situation était difficile pour elle, qu’elle voudrait probablement me quitter alors je laissais les choses aller. On se rencontrait quelques fois par année où la passion des premières fois se manifestait à nouveau. Je savais quand même qu’elle ne se contentait pas que de ça, elle aurait explosé .

Elle était aussi quelques fois difficile à comprendre. Le jour avant ma libération sous caution elle est venue me visiter à la prison. Elle avait parlé à mon père et elle venait me dire que je serais libéré le lendemain. Elle m’a dit de ne pas l’appeler chez elle car son ex-mari y habitait encore (il attendait que sa maison soit finie de construire ou quelque chose du genre). J’ai été libéré et je me suis retrouvé seul chez moi. Mon ordinateur avait été saisi, je ne pouvais donc pas envoyer de courriel. Je me disais qu’elle savait que j’étais libre et qu’elle m’appellerait. Ça a pris presque deux semaines et elle était fâchée que je ne l’aie pas appelée. Quand je lui ai rappelé qu’elle m’avait dit de ne pas l’appeler, elle a rit. Comme je l’ai dit, elle est peut-être quelques fois étrange mais elle est capable d’en rire.

Je dis ça pour expliquer que je ne pouvais pas toujours me fier à ce qu’elle disait et qu’elle pouvait parfois être fâchée que je fasse ce qu’elle me demandait.

Un jour je lui ai envoyé un courriel pour lui demander des nouvelles. Elle m’a répondu qu’elle était avec quelqu’un et qu’elle savait enfin ce que c’était le vrai amour. Ça a fait très mal ça. Elle me demandait de ne plus la contacter.

J’ai fini par être extradé. J’avais beaucoup de temps pour réfléchir. Après quelques années je lui ai envoyé une lettre pour sa fête et pour m’excuser pour les erreurs que j’avais commises. J’ai continué à lui envoyer une lettre environ une fois par année pour lui expliquer ce qui se passait avec moi, à quoi je pensais, mes espoirs, mes peines, comme à une amie. Je lui souhaitais toujours beaucoup de bonheur. Et à chacune de mes lettres je lui disais que si mes lettres la dérangeaient elle n’avait qu’à m’envoyer un courriel (mon frère me les imprimait).

Je n’ai jamais reçu de message de sa part et ça aurait été son genre de ne pas me répondre mais être déçue qu’une année je ne lui écrive pas.

Lorsque je suis sorti de prison en juin 2013 je lui ai envoyé un courriel. Elle m’a répondu:

Tes lettres ont été jetées sans être lues.
Ton adresse email sera placée dans les courriers indésirables après ce message. Alors inutile de répondre.

Mon conjoint est au courant de tes manigances et il ne la trouve pas drôle.

Je dois donc t’aviser qu’à la prochaine tentative de ta part de me joindre de quelque façon que ce soit, il va prendre la relève pour s’occuper du problème.

Profite donc de ta nouvelle vie pour évoluer comme je l’ai fait. Passe à autre chose.

Je dois avouer qu’après avoir reçu ça je n’ai pas été heureux pendant quelques jours. Même aujourd’hui ça me fait de la peine. Rien ne l’obligeait à être méchante. Si elle m’avait dit qu’elle était heureuse et qu’elle préférait que je ne la contacte plus, j’aurais trouvé ça plus civilisé. J’avais écrit à d’autres femmes qui avaient été spéciales dans ma vie et elles avaient été polies et gentilles avec moi. J’étais content de leur bonheur. Je parle encore de temps à autres avec la mère de mes enfants et elle est toujours heureuse de me parler même si elle aime beaucoup son nouvel amoureux. Ce n’est pas toujours facile de voir l’attitude de certaines personnes qui pensent que les gens qui ont fait de la prison doivent être traités comme des animaux.

Pour ce qui est des menaces à propos de son conjoint, ça m’a fait rire. J’ai été dans des cellules avec des meurtriers, des membres de gang violents, j’ai eu des menaces et je n’ai jamais reculé. On m’a invité dans des endroits sans caméra pour qu’on « s’explique » et j’y suis allé. Alors ce genre de menaces me fait plutôt rigoler. Je ne suis pourtant pas quelqu’un de violent et je ne me suis jamais battu mais il est important de ne pas reculer.

Ce que je trouve le plus difficile est que j’ai aimé cette femme et ça me fait peur pour la prochaine femme que j’aimerai. C’est comme une double peine d’amour, comme si j’étais en peine d’amour « en avance », que je m’apercevrai que, finalement, la femme que j’aimerai n’était pas du tout celle que je pensais.

Mais je ne me décourage pas, je suis quelqu’un d’optimiste. J’ai vécu toutes ces choses pour me préparer à être l’homme que je suis, avant ce n’était qu’une ébauche, une audition pour devenir qui je suis.

J’aimerais connaître votre opinion. Suis-je trop romantique? Est-ce que j’attends trop de la vie?

Photo courtoisie AP Photographie flickr