Lorsque j’étais en prison aux États-Unis, je finissais toujours mes lettres en disant aux gens de bien profiter du paradis. Cette expression venait d’une conversation que j’avais eue avec un ami qui disait que le paradis était l’autre côté de la clôture. Je me disais que j’avais hâte de sortir moi aussi, d’être enfin au paradis.

Lorsqu’on m’a annoncé que j’étais transféré au Canada, j’étais content; je m’approchais du paradis.

À mon arrivée au Canada ça ne s’est pas passé comme je l’escomptais. L’agente qu’on m’a assignée était vraiment de mauvaise foi. Ce que je faisais n’était jamais correct. J’envoyais des requêtes pour la rencontrer et elle me répondait qu’on se rencontrait sous peu mais ça n’arrivait pas. Elle retardait mes comparutions devant la Commission en utilisant de faux prétextes. Je devais avoir des sorties avec escorte mais elle a tout annulé. Vraiment les conditions étaient meilleures au Canada mais aux États-Unis il n’y avait personne qui jouait dans ma tête. Je croyais que le rôle de mon agente était de m’aider à réintégrer la société mais elle ne voulait que me prendre en défaut. Je ne m’étendrai pas plus là-dessus.

Je me suis mis à arrêter de penser à ce que mon agente voulait bien de moi. Je faisais les choses de mon mieux. Si elle me demandait de répondre par écrit à des questions, je répondais sincèrement sans me demander comment elle pourrait l’interpréter, comment elle tournerait mes mots en autre chose. Elle faisait ce qu’elle avait à faire, je faisais ce que j’avais à faire. Je ne pouvais rien faire de plus que de faire de mon mieux.

Tout ça pour dire que j’ai compris qu’en faisant dépendre mon bonheur de ma liberté, j’en donnais la responsabilité à quelqu’un d’autre. Ma satisfaction devait venir de moi et non pas des actions ou inactions d’une autre personne. Il fallait que ça commence maintenant. Le paradis n’est pas de l’autre côté de la clôture, il est en moi.

Et vous, où est-il votre paradis?

Photo courtoisie Royce Blair sur Wikimedia