Aujourd’hui j’ai écouté le film I love you Philip Morris. Une partie de l’histoire se passe en prison et au début on voit Jim Carrey qui se dépêche dès l’ouverture de la porte de sa cellule pour se rendre au téléphone. Ça m’a ramené une drôle d’émotion. Quelque chose que je croyais avoir oublié. Quelques secondes plus tard une bagarre s’est déclenchée pendant qu’il était au téléphone. Encore là plein d’images sont apparues. Ce ne sont pas des choses agréables à se rappeler. Je suppose que ça fait partie de moi maintenant. Comme une cicatrice à l’intérieur. Il semble que pour apprécier la vie au maximum il faut qu’il y ait des choses qui me rappellent d’où je viens, ce que j’ai vécu.

Lorsque j’étais en prison (surtout aux États-Unis) j’essayais de m’habituer à ce mode de vie. On finit par s’y faire. On oublie ce qu’est la vie normale. Lorsque je suis arrivé à la prison canadienne et que j’ai rencontré mon avocate pour la première fois elle m’a dit que certains commissaires sont plus indulgents envers les gens qui ont fait du temps dans des prisons étrangères car ils savent que les conditions y sont difficiles. Elle a commencé à me poser des questions sur ces conditions, le nombre de visites que j’avais reçues etc. Tout à coup ça a remonté, je suis venu les yeux plein d’eau. Ce n’est qu’à ce moment que j’ai réalisé par quoi j’étais passé, ce que j’avais vécu. C’est comme quelqu’un qui vit une situation difficile comme un deuil ou une rupture. On dit qu’il passe par une période de négation. Eh bien, c’est ça la prison, c’est de se convaincre à chaque instant que ça n’arrive pas, que c’est normal. Il ne faut pas quitter cet état d’esprit si on ne veut pas perdre la tête. On ne peut pas se permettre de faire une dépression.